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LGBTIQ: la Suisse rattrape son retard

Le peuple suisse dit un grand oui au mariage pour toutes et tous

Après quatre décennies de combat, les défenseurs des droits des personnes homosexuelles célèbrent dimanche le oui éclatant au mariage pour toutes et tous. Keystone / Peter Schneider

Les couples homosexuels ont désormais le droit de se marier et de fonder une famille en Suisse. Le peuple suisse a plébiscité le mariage pour toutes et tous à 64,1%. Un résultat clair qui permet à la Confédération de rattraper son retard en matière de droits des gays et des lesbiennes.  

Ce contenu a été publié le 26 septembre 2021 - 19:15

Après des décennies de combat, les couples de même sexe ont finalement obtenu le droit de se marier en Suisse. La Confédération était l’un des derniers pays d'Europe de l’Ouest où cette liberté est considérée comme illégale. Elle a ainsi franchi un pas historique vers l’égalité des droits pour les personnes homosexuelles.

64,1% des citoyennes et les citoyens ont plébiscité une modification du Code civilLien externe légalisant le mariage entre deux femmes ou deux hommes.

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La nouvelle législation permet également aux couples de même sexe d’adopter un enfant. Les femmes lesbiennes mariées auront accès à la procréation médicalement assistée, la PMA. En outre, si l’un des partenaires est étranger, il pourra bénéficier d’une procédure de naturalisation facilitée, plus courte et moins coûteuse. Comme dans la majorité des pays européens, la gestation pour autrui ou le don d’ovule reste interdit. Pas question pour les couples d’hommes d’avoir recours à une mère porteuse.

Sans surprise, le résultat est limpide. Il confirme les tendances révélées par les sondages précédant le vote. Pour les défenseuses et les défenseurs des droits des gays et des lesbiennes, l’ampleur du oui constitue une victoire éclatante.

>> Les réactions du camp du oui:

«C'est une émotion énorme. C'est une journée historique pour toutes les personnes concernées, pour leurs proches et leurs familles, et pour la Suisse entière qui entre dans un monde moderne, libéral, de respect, d'amour», a déclaré la sénatrice écologiste Lisa Mazzone, interviewée par la Radio Télévision Suisse (RTS).

>> La réaction de la sénatrice verte Lisa Mazzone:

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La députée socialiste Tamara Funiciello a, elle, souligné qu’il s’agit de l’aboutissement d’un combat de longue date. «On se bat depuis 1990 pour cette égalité des droits. On n’y croyait pas tout à fait. Maintenant on voit que c'est un combat qui en valait la peine», a estimé celle qui est aussi membre de l’Organisation suisse des lesbiennes.

>> Ger, un Colombien établi en Suisse, s'est marié avec son partenaire suisse en 2011 en Espagne. Il se réjouit que leur union soit finalement reconnu. 

Des craintes autour du don de sperme

Les adversaires du projet avaient axé leur campagne sur l’accès au don de sperme pour les lesbiennes, estimant que le bien de l’enfant se trouvait menacé. Ils prennent désormais acte de la décision du peuple. «Il y a énormément de craintes concernant la PMA et les prochaines revendications. Jusqu’où ira-t-on?», a réagi le député du Centre et membre du comité référendaire Benjamin Roduit, sur les ondes de la RTS.

>> La réaction du député du Centre Benjamin Roduit:

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Une partie des opposantes et des opposants a aussi regretté que la question du mariage pour toutes et tous et celle de l’accès au don de sperme aient été liées dans le projet. 

>> Les réactions du camp du non:

Encore des progrès à réaliser

La Suisse devient le 29e pays à reconnaître le mariage entre personnes de même sexe, a souligné l’organisation non gouvernementale Amnesty International. «Le mariage pour toutes et tous va renforcer l’acceptation des minorités sexuelles et de genre dans la société. Dans les pays qui ont franchi ce pas, tant les préjugés et les agressions à leur encontre que leur taux de suicide ont diminué», écrit la section suisse de l’ONG.

Pour Amnesty International, la Suisse a encore des progrès à réaliser pour atteindre l’égalité des droits. L’organisation estime notamment que la Confédération doit œuvrer à une meilleure protection des personnes transgenres contre la discrimination et la haine, notamment sur le lieu de travail. Les enfants intersexués devraient également être mieux protégés, avec une interdiction des opérations sans leur consentement ou qui ne sont pas médicalement indiquées.

Les médias suisses saluent une avancée

La presse suisse se montre enthousiaste. «Enfin!», commente Der Bund. Le quotidien alémanique décrit l’ambiance qui règne dans le pays, en ce dimanche soir. «Les fêtes se multiplient partout, les couples font des projets, respirent profondément. Ce dimanche est un jour historique passé en compagnie.»

Ce dimanche, la Suisse apparaît aussi unie, souligne la Neue Zürcher Zeitung. Tout un symbole à l’heure où les divisions font couler beaucoup d’encre: «le fossé entre villes et campagnes, le fossé de la vaccination et le fossé du certificat Covid», énumère le journal. «Et maintenant ceci: la carte de vote de la Suisse brille en vert. Pas un seul canton ne dit non. Ce dimanche, il n’y pas deux sortes de Suisse, mais une seule.»

«La carte de vote de la Suisse brille en vert. Pas un seul canton ne dit non. Ce dimanche, il n’y pas deux sortes de Suisse, mais une seule»

Neue Zürcher Zeitung

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Les médias francophones saluent la rapide évolution des mentalités. «Il y a peu, les homosexuels n’osaient pas afficher leur amour au sein de leur famille, auprès de leurs amis ou simplement dans la rue», constate Le Temps. Le quotidien ne manque pas de rappeler que ce large soutien est «un message fort à destination de tous les pays où l’homosexualité est encore considérée comme un crime».

«Quand j’étais enfant, mes parents éteignaient la télévision dès qu’on voyait deux hommes s’embrasser. Désormais, ils demandent des nouvelles de la fille d’un couple d’amies lesbiennes.» L’éditorialiste rapporte cette anecdote pour mettre en lumière la vitesse à la vitesse à laquelle l’opinion de la société a évolué sur l’homosexualité.

Des affiches homophobes remarquées

La campagne du camp du non a attiré l’attention jusqu’à l’étranger. Plusieurs médias ont pointé du doigt «les affiches homophobes» placardées par les adversaires. Celles-ci montraient entre autres un bébé en pleurs, avec une étiquette à l’oreille d’habitude réservée au bétail, avec cette question: «Des bébés sur commande?»

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Les opposantes et les opposants jouent «avec des motifs extrêmes» et «des émotions autour du thème du bien-être des enfants», a écrit le quotidien allemand Die Welt. Le journal a aussi estimé que ces derniers ont probablement adopté un registre polémique, car ils manquaient d'arguments factuels contre le libre accès au mariage et donc l'égalité des droits pour les personnes homosexuelles.

«En Suisse, des affiches anti-LGBT choquent avant la votation du mariage pour tous», a aussi constaté France Inter. La radio nationale publique française a relevé qu’une affiche, montrant une tête de zombie, censée représenter un père décédé, avait particulièrement choqué la population. Elle constate aussi que les arguments avancés sont les mêmes qu’en France lors des débats en 2013: «Un enfant a besoin d'avoir comme modèle parental un homme et une femme».

Un combat long de 40 ans

Le chemin vers le mariage pour toutes et tous a été long en Suisse. Les lesbiennes et les gays luttent depuis 40 ans pour leurs droits. En 1978, la communauté a organisé le premier Christopher Street Day, devenu par la suite la marche des fiertés, pour revendiquer la fin des registres homosexuels. Malgré la dépénalisation de l’homosexualité en 1930, les lieux de rencontre gays étaient surveillés de près par la police, alors que les participants étaient intimidés et fichés.

En 1995, la faîtière des gays Pink Cross et l'Organisation suisse des lesbiennes ont déposé une pétition à Berne. Signé par plus de 85'000 personnes, le texte réclamait l'égalité des droits entre couples homosexuels et hétérosexuels. Ce fut le début du long processus législatif visant à ouvrir le mariage à tous.

La Suisse a d’abord introduit le partenariat enregistré en 2004. Celui-ci confère aux couples de même sexe les mêmes droits qu’aux personnes hétérosexuelles à bien des égards. Toutefois, il interdit l’adoption et la procréation médicalement assistée.

Une initiative parlementaire du Parti vert libéral (PVL, centre) a finalement relancé l’idée d’un mariage pour toutes et tous, en 2013. Plusieurs versions du texte ont par la suite été débattues par les élus et les élues, avant que le Parlement n’accepte en décembre 2020 une modification du Code civil. Les milieux conservateurs chrétiens ont alors déposé un référendum, afin d’obtenir un vote national sur le sujet.

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