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Les Suisses ont balayé les deux initiatives anti-pesticides

Imago Images/Andreas Haas

A l'issue d'une campagne tendue, les deux initiatives populaires qui s'attaquaient aux produits phytosanitaires ont été nettement rejetées en votation. Le monde agricole, ainsi que la plupart des partis autres que la gauche et les écologistes, jugeaient ces textes trop radicaux.

Ce contenu a été publié le 13 juin 2021 - 18:56
Pauline Turuban avec RTS et agence Keystone-ATS

La Suisse ne deviendra pas l’un des premiers pays au monde à bannir les produits phytosanitaires de synthèse. L'initiative «Pour une Suisse sans pesticidesLien externe» et celle «Pour une eau potable propreLien externe» ont été refusées dimanche, respectivement par 60,6% et 60,7% de l'électorat, et dans tous les cantons à l'exception de Bâle-Ville.

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Dans le détail au niveau municipal, le peu de soutien aux textes provient presque exclusivement des grands centres urbains (Genève, Lausanne, Berne, Zurich ou encore Bâle) mais ils essuient un échec généralisé ailleurs, comme l'illustrent les cartes du vote communal réalisées par RTSinfo.chLien externe.

L'initiative «Pour une Suisse sans pesticides» demandait l'interdiction pure et simple de l'utilisation de désherbants, d'insecticides et de fongicides de synthèse dans le secteur agricole suisse, ainsi que pour un usage privé ou commercial. Elle voulait également en bannir l’importation.

Centrée sur l'eau potable, l'autre proposition ciblait également les pesticides et l'utilisation d'antibiotiques dans l'agriculture. Elle réclamait que les exploitations ne s'engageant pas sur la voie de la durabilité ne perçoivent plus de subventions publiques.

Un sujet clivant et émotionnel

Avec des approches différentes, les deux comités d’initiative visaient donc une finalité commune: réorienter radicalement l’agriculture vers un modèle plus durable, renoncer aux substances chimiques toxiques et à la production intensive qui menacent, selon eux, la santé publique et la biodiversité. 

Issus de la société civile, les initiants étaient soutenus par la gauche et les écologistes, d'accord sur l'idée que la Suisse n’en fait pas assez pour diminuer l'utilisation des pesticides. Leurs arguments ne sont toutefois pas parvenus à convaincre le plus grand nombre. Lors du deuxième sondage gfs paru en juin, l’adhésion aux initiatives ne subsistait déjà plus que chez les sympathisants de gauche et des Verts’libéraux (PVL / écologistes de centre droit).

Les militants anti-pesticides avaient face à eux une large alliance de partis du centre et de la droite, des milieux économiques et de la principale association paysanne du pays. Pour les opposants, les initiatives auraient notamment compromis la souveraineté alimentaire de la Suisse et menacé des milliers d'emplois dans le secteur de la production alimentaire.

Philipp Sicher, responsable de la campagne pour le «deux fois oui», a fait part dimanche à l'agence Keystone-ATS de la déception des organisations de protection de la nature. La campagne des opposants a été largement financée par l'industrie agro-alimentaire, a-t-il déploré, soulignant aussi son caractère hautement émotionnel et polémique. 

Franziska Herren, l'initiatrice de la proposition sur l'eau potable, a quant à elle regretté que les opposants aient dépeint sa proposition comme «extrême». Plus d'un million de personnes n'ont d'autre choix que de boire de l'eau contaminée par des pesticides en Suisse, a rappelé cette monitrice de fitness.

Travail de dialogue nécessaire

Les représentants du monde paysan sont désormais nombreux à souligner la nécessité de mieux informer le grand public sur leur travail. Maintenant, il va falloir expliquer aux gens «ce qu'on fait de bien» et montrer qu'il y a une volonté de progresser dans le milieu agricole, a par exemple affirmé à la RTS la présidente de l'Union suisse des paysannes et des femmes rurales Anne Challandes.

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Pour le député UDC (droite conservatrice) Pierre-André Page, il s'agit même du principal enseignement de la votation. «Je me suis rendu compte que beaucoup de parlementaires et de personnes ne savent pas comment on produit les aliments en Suisse, il faut montrer ce qu'on fait pour limiter les pesticides et que notre travail est proche de la nature et des animaux», d'après le Fribourgeois.

Revenant sur la teneur de la campagne, le parlementaire libéral-radical (droite) Jacques Bourgeois a relevé que beaucoup de propos injustes avaient été tenus à l'encontre des agriculteurs.

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Quant au conseiller fédéral Guy Parmelin, il voit dans ce résultat la victoire de la raison et du pragmatisme. Mais au terme de cette campagne très engagée et émotionnelle, un fossé s'est creusé entre les villes et les campagnes, a déclaré le chef du Département fédéral de l'Economie. Il importe de renouer le dialogue entre la population et le monde agricole, a-t-il souligné.

Malgré le verdict des urnes dimanche, l'utilisation des pesticides devrait quand même évoluer à l'avenir. En réponse aux propositions soumises au vote, le Parlement suisse a en effet adopté des modifications législatives qui visent à réduire de moitié l'utilisation des herbicides d'ici à 2027 et à ouvrir la voie à d'autres mesures destinées à garantir la qualité de l'eau potable.

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