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L’échec de l’écologie helvétique observé à l’étranger

La loi sur CO2 a été victime de la forte mobilisation des campagnes contre les initiatives contre les pesticides. Keystone / Alessandro Della Valle

Au lendemain de l’échec de la loi sur le CO2 et de l’interdiction des pesticides, certains médias internationaux évoquent les conséquences de ces décisions pour la politique climatique helvétique. Les votations fédérales de dimanche n’ont toutefois pas eu un large écho à l’étranger et les comptes-rendus sont plutôt factuels.

Ce contenu a été publié le 14 juin 2021 - 17:18

«Il est désormais peu probable que la Suisse atteigne ses objectifs climatiques», commente le journal allemand Frankfurter Allgemeine ZeitungLien externe à la suite du refus par 51.6% des Helvètes de la loi sur le CO2. Le texte devait permettre à la Confédération de remplir ses engagements pris dans le cadre l’Accord de Paris sur le climat, soit de réduire de moitié ses émissions de gaz à effet de serre d’ici 2030 par rapport au niveau de 1990.

Le quotidien édité à Francfort souligne qu’il avait fallu quatre ans au gouvernement et au Parlement pour parvenir à un compromis et ficeler le projet. «Il faudra encore des années avant qu'un nouveau départ ne soit pris», déplore-t-il.

L’horloge tourne pourtant, rappelle l’Associated Press, qui souligne que «le pays alpin subit de plein fouet l'impact du changement climatique». «La Suisse a été confrontée à une hausse des températures deux fois plus rapide que la moyenne mondiale», précise l’agence de presse américaine.

Le vote du porte-monnaie

Tout comme les médias nationauxLien externe, la presse étrangère voit dans le vote du peuple suisse un réflexe du porte-monnaie. «Certains analystes suggèrent que les Suisses – qui sont traditionnellement fiers de leur politique verte – hésitent à prendre des risques économiques alors que le pays se remet de la pandémie», écrit la BBCLien externe, qui qualifie le vote de «coup dévastateur pour les écologistes».

Le quotidien espagnol El MundoLien externe rapporte également les propos des analystes, qui estiment «que le moment du scrutin était mal choisi, dans le contexte économique difficile créé par la pandémie.»

Le tageszeitung (taz)Lien externe allemand rappelle le rôle joué par une partie des activistes du climat, qui a appelé à rejeter l’objet, estimant que le projet de loi n'allait pas assez loin. «Mais l'alternative est encore pire et plaît surtout à l'UDC [Union démocratique du centre], la formation nationaliste de droite, qui était le seul parti contre la loi sur le CO2», écrit le quotidien berlinois.   

Les pesticides préservés au pays de Syngenta

Le rejet massif des deux initiatives populaires qui s’attaquaient aux produits phytosanitaires a aussi attiré l’attention de certains médias étrangers.

L’Agence France-Presse (AFP) note que la Suisse n’a pas saisi l’occasion de faire œuvre de pionnier en devenant le premier grand pays à interdire les pesticides de synthèse. En effet, jusqu’à présent, seul le Bhoutan a fait le pari de se passer de ces substances. «Les Suisses ont refusé dimanche d’engager leur pays – qui abrite un des plus grands fabricants de produits phytosanitaires, le groupe bâlois Syngenta, racheté en 2017 par le géant chinois ChemChina – sur cette voie», écrit l’agence de presse française.

Le verdict des urnes reflète la forte mobilisation des milieux ruraux contre les initiatives anti-pesticides, constate le New York TimesLien externe. «Le soutien populaire à la réduction des pesticides a toutefois incité le gouvernement à présenter un projet visant à réduire de moitié les risques liés à l'utilisation des pesticides en six ans», écrit le grand quotidien américain. En effet, le Conseil fédéral a lancé fin avril un plan de mesures qu’il considère comme plus approprié pour protéger l’environnement contre les effets néfastes des produits phytosanitaires.

Le Bangkok PostLien externe fait également allusion à la tension extrême qui s’est invitée au cœur de la campagne sur les deux initiatives agricoles, «marquée par de vives disputes entre agriculteurs». Le journal revient aussi sur l’incendie d’un char affichant «deux fois non» aux initiatives dans le canton de Vaud, acte de vandalisme qui a encore échauffé davantage les esprits.

«La loi antiterroriste la plus dangereuse du monde»

Le oui à la nouvelle loi sur le terrorisme, qui permettra à la police de prendre des mesures préventives à l’encontre de terroristes présumés, est largement passé sous les radars de la presse internationale. L’AFP y consacre toutefois quelques lignes. L’agence française a donné la parole au rapporteur de l’ONU sur la torture Nils Melzer à l’issue du vote.

Et celui-ci ne mâche pas ses mots en affirmant que «la Suisse aura désormais la loi antiterroriste la moins professionnelle, la plus inefficace et la plus dangereuse du monde – un embarras majeur pour la Suisse en tant qu’État de droit».

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