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«Une chance historique!»

Quel cruel paradoxe! L’initiative «anti-burqa», soumise au vote le 7 mars, a été lancée par un comité pas vraiment réputé pour son «islamophilie». Pourtant elle représente, j’en suis convaincu, une chance historique pour l’écrasante majorité des musulmanes et musulmans suisses, dont je suis. 

Ce contenu a été publié le 24 février 2021 - 14:40

Le jour du vote, quels que soient nos degrés de croyance et de pratique religieuses, nous aurons enfin l’occasion de dire un vibrant «non» aux islamistes. Aussi bien aux salafistes qu’aux wahabites et aux Frères musulmans. C’est kif-kif bourricot. Solennellement. Par le plus bel acte citoyen que tant d’humains d’autres pays nous envient: en glissant un bulletin dans l’urne.

Nous ne sommes pas dupes. Les auteurs de ce texte se contentent de surfer sur les peurs de l’islam présentes dans une partie de l’Occident depuis les attentats du 11 septembre 2001 et leurs monstrueuses répliques de Madrid, Londres, Paris, Nice ou Berlin. Liste hélas non exhaustive. Car on oublie souvent les cadavres dispersés presque chaque semaine dans les marchés de Kaboul, de Bagdad et de trop d’ailleurs. Autant d’actes monstrueux commis et commandités par des hommes qui rabaissent au quotidien les femmes au rôle de simples génitrices. Tout cela au nom de notre religion. 

La burqa et le niqab ne sont pas des vêtements comme d’autres. Ce ne sont pas de simples minijupes ou des leggings, mais l’étendard d’une idéologie monstrueuse. Ces morceaux de tissu dissimulent le visage de celles qui le portent, volontairement ou non.

Les femmes qui se drapent dans ce linceul se retrouvent ainsi de facto exclues du reste du monde et ne peuvent pas entrer en dialogue avec les personnes qui les côtoient ou les croisent. Si elles le font de leur plein gré, qu’elles en assument les conséquences et acceptent la perspective de demeurer ad vitam eternam des prisonnières volontaires. Si elles y sont contraintes, nous condamnerons impitoyablement celles ou ceux qui les réduisent à l’esclavage. 

Ce Guantanamo vestimentaire représente surtout une idéologie mortifère qui combat nos valeurs démocratiques et notre modèle de civilisation. Je ne suis pas disposé à les sacrifier sur l’autel d’une béate conception du multiculturalisme basée sur un relativisme culturel édifiant et une dérive communautariste.

Quelle tristesse d’entendre et de lire des personnalités si promptes à combattre ici le «populisme» ou le «fascisme» baisser si facilement les bras face à ce véritable ennemi commun.

Avant d’être des musulmanes et des musulmans, nous sommes des citoyennes et des citoyens heureux de vivre dans un pays démocratique vanté dans le monde. En acceptant d’ancrer dans la Constitution fédérale l’interdiction de dissimuler le visage dans l’espace public, nous aurons l’occasion historique de publiquement faire preuve de solidarité avec celles qui, dans de nombreux pays, risquent chaque jour leur vie pour refuser de porter cette horreur.

Et aussi de rappeler haut et fort que nous ne voulons plus jamais être assimilés à ces criminels qui ont braillé «Allah ouakbar» en tirant une balle dans la tête d’une gamine juive à Toulouse en 2012 ou dans celle du dessinateur français Cabu en 2015.

Mohamed Hamdaoui est journaliste et député Le Centre au parlement cantonal bernois (Grand Conseil).

Les opinions exprimées dans cet article sont uniquement celles de l'auteur et ne reflètent pas nécessairement la position de SWI swissinfo.ch.


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