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Un commerce équitable est possible – si on le veut

Toute politique agricole détermine la vie des agriculteurs, même bien au-delà des frontières nationales. Si l’Europe ne pense pas au-delà de son continent, c’est l’agriculture du Sud qui souffre. Les leviers pour plus d’équité sont connus; il faudrait maintenant les actionner.

Ce contenu a été publié le 03 août 2021 - 10:52

Depuis que j’ai vécu et travaillé un certain temps au Cameroun, il y a plus de 15 ans, ce pays africain est devenu pour moi une seconde patrie.

Lors d’une visite, il y a cinq ans, les producteurs de lait locaux m’ont dit qu’ils ne pouvaient pratiquement plus vendre leur propre lait à cause du lait en poudre bon marché en provenance de l’Union européenne.

Un an plus tôt, le système des quotas laitiers avait été aboli dans l’UE. En conséquence, une quantité beaucoup plus importante de lait avait été produite en Europe, puis vendue à des prix bradés partout - y compris en Afrique.

C’est un exemple parmi d’autres: la libéralisation du marché des produits laitiers dans l’UE a entraîné des difficultés pour les femmes qui s’occupent de la production du lait au Cameroun. Et les producteurs laitiers européens n’ont pas non plus bénéficié de cette nouvelle politique.

La libéralisation du marché dans le secteur agricole signifie généralement que quelques personnes s’enrichissent et que les autres – principalement les agriculteurs du monde entier – sont perdants.

Mais je ne veux pas m’étendre ici sur le commerce. Après tout, il n’est pas mauvais en soi. Au contraire, il contribue grandement au développement mondial. Il faut juste le munir des bonnes glissières de sécurité.

Plusieurs objectifs de l’Agenda 2030Lien externe de l’ONU pour le développement durable soulignent la pertinence d’un commerce équitable. Par exemple, les objectifsLien externe numéro 1 (éradication de la pauvreté) et numéro 8 (promotion d’une croissance économique et d’emplois durables).

Mais les défis sont grands et la question complexe. Commençons par les importations, qui sont trop bon marché du point de vue du Sud. Les tarifs douaniers pourraient protéger l’agriculture locale et préserver les emplois menacés.

Mais ces interventions de régulation n’augmenteraient-elles pas les prix des denrées alimentaires pour la population urbaine? Dans les pays où les gens consacrent une grande partie de leurs revenus à l’alimentation, cette question est centrale.

C’est pourquoi l’accent doit d’abord être mis sur le rôle des pays industrialisés occidentaux: une politique agricole axée sur l’approvisionnement local et non sur la production de masse, dont les excédents doivent être vendus à des prix de dumping dans le monde entier, serait durable. Cela serait bien plus durable qu’une politique visant principalement la croissance.

Outre les importations dans les pays en développement, les exportations depuis ces pays constituent aussi une part importante du commerce mondial. Ils fournissent des devises étrangères et, selon le degré de transformation, également des emplois – ce dont on a besoin de toute urgence pour lutter contre la pauvreté.

La Suisse favorise les importations en provenance du Sud et accorde des préférences tarifaires. Toutefois, celles-ci ne s’appliquent qu’aux matières premières. Pour les produits transformés, des droits de douane doivent être payés - ici, la Suisse accorde une plus grande priorité à la protection de sa propre économie.

Ce système douanier doit être adapté. Sinon, les pays en développement pourront continuer à exporter principalement des matières premières, qui sont ensuite transformées dans les pays industrialisés. En Suisse, le café et le cacao en sont les meilleurs exemples.

Cependant, il est essentiel pour le développement économique des pays les plus pauvres que des produits davantage transformés puissent être exportés à l’avenir, c’est-à-dire ceux qui créent des emplois locaux et génèrent de la valeur ajoutée.

Cependant, ce ne sont pas seulement les droits de douane qui posent problème. Souvent, les normes requises, telles que les certificats d’origine ou les normes écologiques et sanitaires, constituent également un obstacle à l’exportation vers le Nord. Il est donc important que la Suisse aide les producteurs locaux à respecter ces normes dans le cadre de sa coopération au développement.

En résumé, il est important que les pays industrialisés ne détruisent pas les marchés locaux avec leurs exportations. Dans le même temps, il est essentiel que le Nord aide les pays en développement à respecter les directives en matière d’exportation, notamment pour les produits transformés, afin qu’ils puissent participer au marché mondial à des prix équitables. Ce n’est que lorsque ces questions seront abordées que le commerce pourra contribuer à la réalisation des objectifs de développement des Nations unies. Et ce, conformément à ma devise: un échange équitable plutôt qu’un libre-échange.

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