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UBS et Credit Suisse accusés d’investir dans des entreprises liées à l’armée birmane

Pour les ONG, les banques, avec leurs investissements, «se rendent complices des crimes de l’armée birmane». Keystone

Deux ONG affirment que neuf grandes banques internationales, dont UBS et Credit Suisse, investissent plus de 24 milliards de dollars dans des entreprises contrôlées de jure ou de facto par l’armée birmane. Elles leur demandent de désinvestir. Les sanctions américaines pourraient les y obliger bientôt.

Ce contenu a été publié le 28 mai 2021 - 09:25
Isolda Agazzi

Dans une étudeLien externe (en anglais) publiée le 27 mai, l’ONG internationale Banktrack et Justice for Myanmar, une ONG birmane, accusent neuf banques internationales d’investir plus de 24 milliards de dollars dans des entreprises contrôlées de jure ou de facto par l’armée birmane, responsable du coup d’Etat du 1er février qui a fait plus de 800 morts à ce jour. Les deux grandes banques suisses UBS et Credit Suisse sont pointées du doigt, de même que JP Morgan, Morgan Stanley, Bank of America, BNP Paribas, Wells Fargo, Mitsubishi Financial Group, et Sumimoto Mitsui Financial Group.

Ces banques sont accusées de financer 18 entreprises ayant des liens commerciaux avec l’armée birmane. Pour UBS, le montant total des investissements s’élèverait à 2'633 millions et pour Crédit Suisse à 2'108 millions (source: RefinitivLien externe – en anglais). 

Hilton, Posco, Total, Shell, Chevron

Ces dernières sont classées en deux catégories: la première comprend huit entreprises qui ont des relations de longue date avec l’armée, remontant à avant le coup d’Etat. C’est ainsi qu’UBS investirait 175 millions de dollars dans cette catégorie, qui comporte entre autres la chaîne hôtelière Hilton, Posco (une entreprise active dans l’extraction de pétrole et de gaz), l’entreprise immobilière Tokyo Real Estate et le port et la Zone économique spéciale d’Adani. Quant à Credit Suisse, elle investirait 92 millions dans cette catégorie.

Il faut dire qu’après la levée de l’embargo américain et européen en 2012, et surtout l’avènement de la démocratie en 2015, les investisseurs étrangers se sont rués dans un pays où tout était à construire. Si certaines entreprises ont fait très attention et demandé des études d’impact préalables sur les droits humains, d’autres ont été moins regardantes et se sont associées de près ou de loin avec l’armée, qui à l’époque était redevenue plus ou moins fréquentable.  

La deuxième catégorie est constituée par dix entreprises qui ont des relations commerciales directes avec des entreprises publiques birmanes, tombées de fait sous le contrôle de l’armée depuis le coup d’Etat. Huit d’entre elles sont actives dans le pétrole et le gaz – notamment Chevron, Shell, Total - et deux dans les télécommunications. UBS investirait 2’461 millions de dollars dans cette deuxième catégorie – dont 1'414 millions dans Chevron, 409 millions dans Shell et 298 millions dans Total – et Crédit Suisse 2’020 millions – dont 1'231 millions dans Shell, 421 millions dans Chevron et 201 millions dans Total.

«Si les banques ne désinvestissent pas, elles se rendent complices des crimes de l’armée»

«Ce que les banques doivent faire en vertu des lignes directrices de l'OCDE et des principes directeurs des Nations unies sur les entreprises et les droits humains est clair : elles doivent immédiatement désinvestir des entreprises qui entretiennent des liens directs ou de longue date avec l'armée et insister auprès des autres entreprises pour qu'elles suivent les recommandations des Nations Unies et cessent tout paiement à la junte. Si elles ne le font pas, les banques seront considérées comme complices des crimes graves commis par l'armée birmane», déclare Hannah Greep de Banktrack.

«Les banques internationales que nous avons identifiées ont des responsabilités claires en matière de droits humains», renchérit Yadanar Maung, porte-parole de Justice for Myanmar. «L'implacable campagne de terreur de l'armée est rendue possible par ses intérêts commerciaux et les banques jouent en cela un rôle crucial».

Sanctions américaines dès le 22 juin

Quelle est la réaction des deux banques suisses? UBS affirme agir dans le respect de la loi: «Les investisseurs privés et institutionnels peuvent investir dans un large éventail de sociétés traitées en Bourse, nous répond la banque. Souvent, ces entreprises font partie d’indices et sont donc incluses dans différents produits répliquant ces indices. Cela explique pourquoi, afin de respecter les seuils d’annonce imposés par les législations boursières applicables après mise en commun des titres gérés par les différentes unités d’affaires, des institutions financières telles qu'UBS déclarent des positions dans un grand nombre de sociétés. Et ce quand bien même ces positions sont essentiellement détenues pour le compte de clients et même si la banque n'y a pas d'intérêt stratégique.»

Credit Suisse est un peu plus spécifique: «Le Credit Suisse collabore avec les régulateurs internationaux partout où il exerce ses activités afin de garantir le respect des sanctions, y compris celles concernant le Myanmar. Le Credit Suisse empêche ses clients d'acheter des titres de toute société figurant sur la liste des sanctions des autorités qu’il suit», nous répond la banque.

Les autorités américaines ont accordé aux citoyens américains jusqu’au 22 juinLien externe pour mettre fin à leurs activités avec les deux holdings militaires du Myanmar. Les entreprises et banques suisses sont normalement tenues de respecter ces sanctions aussi.

Un rapport de l’ONU détaille les liens économiques de l’armée birmane

En août 2019, la Mission indépendante des Nations Unies au Myanmar a publié un rapport (en anglais), Les intérêts économiques de l’armée du MyanmarLien externe, qui révèle les liens économiques de deux conglomérats contrôlés par de hauts cadres de l’armée: le MEC (Myanmar Economic Corporation), actif surtout dans l’extraction minière, la manufacture et les télécommunications et le MEHL (Myanmar Economic Holdings Limited), présent entre autres dans le secteur bancaire, la construction, l’extraction minière, l’agriculture, le tabac et l’agro-alimentaire. Il affirme que les entreprises étrangères ayant des liens avec ces deux conglomérats ou avec l’armée birmane en général courent de grands risques d’être liées ou de contribuer aux violations graves des droits humains et leur demande de couper les ponts.

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