Navigation

Démocratie

Test de résistance mondial pour la liberté d'expression

Une pierre angulaire de la démocratie est en train de vaciller. Dans le monde entier, des gouvernements ne protègent pas le droit à la liberté d’expression. Des individus et des groupes utilisent la liberté d'expression pour exprimer la haine et discriminer d’autres personnes. En Suisse aussi, le peuple prend régulièrement des décisions contraignantes en matière de liberté d'expression. Un exercice d’équilibrisme exigeant.  

Ce contenu a été publié le 08 décembre 2021 - 10:15

En principe, tout devrait être clair comme de l'eau de roche. La Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 et le Pacte des Nations unies relatif aux droits civils et politiques de 1966 stipulent tous deux à l'article 19: «Tout individu a droit à la liberté d'opinion et d'expression, ce qui implique le droit de ne pas être inquiété pour ses opinions et celui de chercher, de recevoir et de répandre, sans considérations de frontières, les informations et les idées par quelque moyen d'expression que ce soit». L'article 21 précise que «toute personne a le droit de prendre part à la direction des affaires publiques de son pays, soit directement, soit par l'intermédiaire de représentants librement choisis.»

La Convention européenne des droits de l'homme de 1950 confirme la liberté d'expression comme un droit contraignant dans son article 10. La Suisse consacre cette liberté fondamentale dans l'article 16 de sa Constitution de 1999 et s'engage en outre dans l'article 54, à «promouvoir la démocratie dans le monde».

Dans la pratique, cependant, beaucoup de choses restent obscures. Cela est apparu très clairement après les événements choquants qui ont entouré le changement de pouvoir à la présidence des États-Unis au début de l'année 2021. Et le débat en dix langues qui a lieu ici sur SWI swissinfo.ch depuis cet été le montre aussi clairement : la question de la liberté d'expression est extrêmement complexe.

Le partage du pouvoir au sein d'une société est un facteur décisif pour la liberté d'expression. Si de nombreuses institutions et intérêts différents peuvent participer à la formation de l'opinion et si personne n'a le monopole des décisions prises, la liberté d'expression peut alors remplir son rôle : renforcer la démocratie. Mais dans le débat varié et passionnant à ce sujet, mené ici en dix langues sur SWI swissinfo.ch, de nombreuses questions sont également posées, par exemple sur les limites de la liberté d'expression:

Les médias sociaux sont devenus un canal indispensable au débat public. Cela est rarement considéré comme un gain pour la démocratie. On évoque le plus souvent les fausses nouvelles (fake news), les théories du complot et la haine diffusées sur ces plateformes. Les pays du monde entier tentent de faire face à ces problèmes en adoptant de nouvelles réglementations. L'Allemagne a joué un rôle de pionnier dans ce domaine en introduisant en 2018 une loi permettant de sanctionner la diffusion de contenus haineux ou de fausses nouvelles sur les médias sociaux. En Suisse, il n’existe jusqu’à présent pas de réglementation spécifiquement axée sur les réseaux sociaux.

En Suisse, les outils de la démocratie directe (initiatives et référendum) permettent aux citoyennes et les citoyens de mener de vastes débats sur les possibilités et les limites de la liberté d'expression. Des votations portent aussi sur ce sujet. Cet exercice d’équilibrisme autour d’un pilier fondamental de la démocratie moderne est exigeant, mais fait partie intégrante de la culture politique du pays. Tout le monde en est conscient.

En 2021, plusieurs pays du G20, dont le Brésil, l'Inde et la Turquie, font partie des États qui ont passé de la démocratie à l'autocratie, selon l'institut de recherche V-Dem basé à Göteborg. Dans ces pays, les mesures de censures des autorités touchent de plus en plus souvent les caricaturistes.

La montée en puissance de leaders populistes comme le président brésilien Jair Bolsonaro fait partie des tests de résistance que subit la liberté d'expression. Ce dernier est toutefois également confronté à des mouvements démocratiques dans son propre pays, qui exigent une participation plus active des citoyens. Dans le monde entier, des personnes s'engagent en faveur du droit à la liberté d'expression - et dans des conditions très différentes, comme l'illustre la tribune que nous offrons aux voix de la liberté d'expression dans le monde: 

En outre, dans le monde transnational d’Internet, les entreprises technologiques internationales et les autorités nationales sont à couteaux tirés. Les deux veulent créer au moins un semblant de démocratie: le «conseil de surveillance» indépendant de Facebook ici, le régulateur de la protection des données de la Commission européenne là. Comme dans les premières décennies d'Internet - lorsque les noms de domaine étaient attribués par l'ONG ICANN, organisée de manière relativement démocratique - une assemblée citoyenne en ligne pourrait désormais prendre en charge la réglementation du web. Le siège d'un tel organisme pourrait être à Genève, en Suisse.

Le rythme des médias s'est accéléré. «C'est pourquoi il faut réagir publiquement et rapidement à la désinformation et aux discours haineux», déclare la ministre taïwanaise du Numérique Audrey Tang dans une interview accordée à SWI swissinfo.ch. «Si on attend une seule nuit, les gens associent déjà ces mèmes viraux à la mémoire à long terme.» Mais ce n'est pas seulement la rapidité qui compte, c'est aussi le caractère de la réponse: «Si dans le même cycle - disons en quelques heures - on peut donner une réponse humoristique qui incite les gens à partager la joie plutôt que les représailles, la discrimination ou la vengeance, alors nous nous sentons tous mieux.»

Partager cet article

Joignez-vous à la discussion

Avec un compte SWI, vous avez la possibilité de faire des commentaires sur notre site web et l'application SWI plus.

Connectez-vous ou inscrivez-vous ici.