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LGBTIQ: la Suisse rattrape son retard

Avec le mariage pour toutes et tous, la Suisse dépasse ses voisins

La presse internationale applaudit le grand oui du peuple suisse au mariage pour toutes et tous. Keystone / Peter Schneider

La petite Suisse conservatrice s’ouvre finalement au changement social: tel est le verdict de la presse internationale après le vote de dimanche. Avec le don de sperme pour les couples de lesbiennes, le pays est désormais en avance sur certains de ses voisins.

Ce contenu a été publié le 27 septembre 2021 - 16:15

Après le grand oui de la Suisse, il ne reste plus que trois pays d’Europe occidentale où le mariage n’est pas encore légal pour les couples homosexuels, soit l’Italie, la Grèce et le Liechtenstein.

Chez le voisin italien, le grand quotidien La Repubblica se pose alors une question: «Les homosexuels italiens vont-ils se précipiter en Suisse pour se marier?» «C’est possible, étant donné que le Code civilLien externe autorise le mariage entre étrangers non domiciliés en Suisse», estime le journaliste.

Une Suisse conservatrice qui s’ouvre

La Confédération ne fait désormais plus partie des retardataires, mais il aura fallu du temps, près de 40 ans de combat de la communauté homosexuelle. La décision suisse intervient 20 ans après celle des Pays-Bas, premier pays à avoir franchi le pas.

«Les homosexuels italiens vont-ils se précipiter en Suisse pour se marier?»

La Reppublica, quotidien italien

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Toutefois, elle a «une valeur particulière», constate encore La Repubblica. Interviewé par le journal italien, le politologue genevois Pascal Sciarini reconnaît que la France et l’Allemagne ont été plus rapides. «Cependant, il y a une différence. Dans ces pays, ce n'est pas le peuple qui a décidé, mais les gouvernements et les parlements», souligne-t-il. A ses yeux, les 64,% de voix en faveur du mariage pour toutes et tous montrent ainsi que «la Suisse est devenue véritablement progressiste».

Un autre scrutin avait déjà permis de constater que la Suisse était capable de s’ouvrir, relève Il Fatto Quotidiano. Le journal italien fait référence à la votation de février 2020, lorsque les Suisses avaient accepté une norme pénale criminalisant l’homophobie.

De nombreux médias internationaux estiment que la Suisse a tardé à franchir le pas, décrivant le pays comme traditionnellement conservateur. L’Associated Press (AP) rappelle notamment que les femmes n’ont obtenu le droit de vote qu’en 1971 au niveau fédéral. «Un canton a même attendu jusqu’en 1990 pour leur octroyer le droit de vote et d’éligibilité», se souvient l’agence de presse américaine.

Un peu de violence quand même dans la campagne

AP, comme d’autres médias, évoque le ton parfois virulent de la campagne. Elle la décrit comme «émaillée par des allégations de tactiques déloyales, les parties adverses dénonçant l'arrachage d'affiches, la multiplication des plaintes auprès des lignes d'assistance téléphonique LGBTIQ*, des courriels hostiles et des insultes proférées contre les militants, ainsi que des tentatives de faire taire les opinions divergentes.»

L'une des affiches choc de la campagne de votation des opposantes et des opposants au mariage pour toutes et tous. Keystone / Laurent Gillieron

Les affiches choc des opposants, déjà remarquées avant le scrutin, s’invitent à nouveau dans la presse étrangère. «Les posters déploraient la marchandisation de l'enfant et affirmaient que le mariage pour toutes et tous tue le père», relate l’Agence France Presse (AFP). À la lumière de la fin de campagne offensive des adversaires de la nouvelle législation, «qui semblaient remonter dans les sondages», l’AFP estime que l’ampleur de la victoire est une surprise.

«Toutes les tentatives de faire obstacle au mariage pour toutes et tous ont échoué», remarque la Frankfurter Allgemeine ZeitungLien externe. L’un des quotidiens les plus lus d’Allemagne précise que le camp du non «a tenté en vain de défendre sa cause avec des photos d’enfants en pleurs». Les Suisses ont toutefois «voté à une nette majorité contre les réticences».

Une longueur d’avance sur deux voisins

Si la Suisse est «plutôt en retard dans l’ouverture de l’institution du mariage par rapport aux autres pays occidentaux», elle fait toutefois un pas de plus que l’Allemagne, note la Süddeutsche ZeitungLien externe. En effet, en Suisse, les couples lesbiens obtiennent l’accès au don de sperme, et les deux femmes seront reconnues juridiquement comme mères dès la naissance. «Ce dernier point, appelé co-maternité, n'est pas possible en Allemagne: la mère non biologique doit adopter l'enfant», détaille le grand quotidien d’outre-Rhin.

La presse autrichienne aussi souligne que la Suisse a désormais une longueur d’avance. Interviewé par le média autrichien ORF Vorarlberg, Mario Lindner, porte-parole pour l’égalité au sein du Parti social-démocrate d’Autriche, salue la loi anti-homophobie adoptée par les Helvètes en 2020, «qui assure une protection complète aux personnes LGBTIQ contre la discrimination». Il précise que «cette étape est encore bloquée aujourd’hui en Autriche».

Le politicien autrichien décrit l’adoption du mariage pour toutes et tous dans le pays voisin comme un «succès massif, non seulement pour la communauté LGBTIQ suisse, mais aussi pour toutes les personnes qui défendent les droits humains et le respect en Europe».

Les couples homosexuels devront encore patienter neuf mois pour pouvoir célébrer l’amour et l’égalité. Les premiers mariages entre deux hommes ou deux femmes devraient avoir lieu en juillet 2022.

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