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L’ONU est-elle bientôt caduque?

Quel avenir pour une OMC fragilisée par Washington?

Il est peu probable que la prochaine directrice générale de l'OMC ait la tâche plus facile que Roberto Azavedo. Keystone / Salvatore Di Nolfi

Deux candidates sont en lice pour reprendre la tête d’une Organisation mondiale du commerce (OMC) en crise, un poste laissé vacant cet été par le brésilien Roberto Azevedo, avant le terme de son mandat. Que dit cette démission inattendue sur l’avenir du gendarme du commerce mondial?

Ce contenu a été publié le 17 octobre 2020 - 14:30
Jamil Chade

Le choix final pour la direction de l’OMC se fera entre la ministre sud-coréenne du Commerce Yoo Myung-hee et l’ancienne ministre nigériane des Finances Ngozi Okonjo-Iweala. Il devrait intervenir ces prochaines semaines. Un aperçu du parcours de Roberto Azevedo et des raisons de son départ donne une idée des défis qui attendent la nouvelle directrice générale.

En mai, le Brésilien annonce sa démission, un an avant le terme de son mandat, en expliquant que son geste est un moyen de préserver le système, qui a déjà été gravement mis à mal. Il s’agit d’éviter que sa succession ne coïncide avec la conférence ministérielle de l’OMC prévue en 2021 et ne la contamine.

Lobbyiste en chef chez PepsiCo

Après cette annonce, Genève connaît une intense guerre de récits sur le sort d’un des plus importants diplomates de sa génération. Certains parient qu’il va se lancer en politique dans son pays d’origine, le Brésil. D’autres invoquent les pressions de l’administration de Donald Trump qu’il aurait subies ou l’avenir de son épouse, Maria Nazareth Farani Azevedo, ambassadrice du Brésil.

Mais 1er septembre, le mystère de son départ de l’OMC est en partie éclairci. Roberto Azevedo reprend le poste de vice-président de PepsiCo aux États-Unis, comme chef des affaires publiques. L’annonce prend beaucoup de monde par surprise, principalement parce qu’elle signifie son abandon du service public.

Un défi relevé

En 2013, Azevedo est devenu le premier Brésilien à diriger une organisation internationale aux dimensions de l’OMC. Mais une fois en fonction, il a dû donner des preuves concrètes de ses qualités. L’OMC traversait déjà une crise profonde, discréditée par les experts, marginalisée par les gouvernements et ignorée par les manifestants qui ne se donnaient même pas la peine de protester à ses portes.

Sa mission était de retrouver une certaine crédibilité. Et la stratégie d’Azevedo était claire: abandonner l’idée de conclure immédiatement le cycle de Doha lancé en 2001, un vaste programme de négociations qui s’était avéré trop ambitieux en période de crise internationale.

Le nouveau patron a choisi un chapitre plus simple de ces négociations — la facilitation des échangesLien externe — et décidé que son objectif était désormais de sauver l’OMC, non le cycle lui-même.

Les gouvernements se sont rendus à la conférence ministérielle de Bali fin 2013, avec pour mission de quitter l’île avec au moins un accord. Azevedo s’est fait un point d’honneur de servir de médiateur, de passer des nuits blanches et de chercher des solutions aux obstacles, en particulier entre les États-Unis et l’Inde. À la fin, l’OMC a annoncé son premier accord commercial depuis 20 ans. Et Roberto Azevedo déclarait que l’entité était vivante. Du moins, il l’espérait.

Deuxième mandat

En 2017, les progrès réalisés par Azevedo lui ont permis de remporter un second mandat. Mais l’organisation a vite replongé dans la crise. L’accord partiel de Bali n’a pas donné l’impulsion que beaucoup attendaient. Le cycle de Doha ne faisait plus consensus et rien ne permettait d’affirmer que l’organisation elle-même y survivrait. En outre, les voix reprochant au Brésilien d’être trop proche de Washington se faisaient de plus en plus entendre.

De fait, son 2e mandat a débuté alors que le gouvernement américain de Donald Trump évoquait la possibilité de contourner l’OMC pour adopter des sanctions commerciales contre ses partenaires.

Durant sa première campagne présidentielle, Donald Trump avait d’ailleurs montré la couleur: «L’OMC est un désastre.»

Le Brésilien savait qu’une décision de Trump contre l’OMC signifierait la fin de l’institution et un coup sans précédent contre le multilatéralisme.

Plutôt que de critiquer le président américain, ce négociateur expérimenté s’est concentré sur le renforcement du système international. Selon lui, les structures existantes ont été construites comme «des réponses directes aux leçons sanglantes de l’histoire. Elles représentent le meilleur effort au monde pour s’assurer que les erreurs du passé ne se répètent pas.»

Paralysie

Le gouvernement américain, lui, a adopté une stratégie différente. La Maison-Blanche n’a pas abandonné l’OMC, mais l’a attaquée de l’intérieur. Depuis 2017, Washington a opposé son veto à toute nouvelle nomination de juges au sein de l’Organe d’appelLien externe, qui permet de trancher les différents commerciaux entre les pays membres. En 2019, cette Cour est tombée à l’arrêt, faute d’un nombre suffisant de juges.

Dans le même temps, le gouvernement américain a exigé une réforme en profondeur de l’OMC.

Azevedo s’est attaché à trouver des moyens de rassurer la Maison-Blanche sur la possibilité d’une réforme à l’OMC. Mais sa lassitude est devenue évidente, tout comme son incapacité à trouver de véritables solutions face à des gouvernements qui ne voulaient tout simplement pas négocier.

Pression à la démission?

Mais les rumeurs n’ont pas pris fin pour autant. Quelques semaines après avoir quitté son poste, le livre «Rage» (Simon & Schuster) de Bob Woodward révélaitLien externe que Donald Trump avait fait pression sur lui et l’avait même menacé si ses ordres n’étaient pas respectés. Des allégations que Roberto Azevedo a rejetées.


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