Navigation

La Suisse – petit pays, grosse empreinte carbone

Protection du climat: la Suisse «insuffisante», mais meilleure que bien d’autres

Pour atteindre les objectifs climatiques fixés, les autorités suisses mise beaucoup sur l'énergie solaire. © Keystone / Urs Flueeler

Les Suisses ont refusé dimanche la nouvelle loi sur le CO2, l’un des piliers de la politique climatique nationale. La voie vers la neutralité climatique s'allonge encore. Voici où se situe la Suisse au niveau international.

Ce contenu a été publié le 14 juin 2021 - 10:09

Nouvelle taxe sur les billets d’avion, augmentation de la taxe CO2 sur les combustibles fossiles, hausse éventuelle du prix de l’essence et du diesel: les Suisses ne sont pas prêts à mettre la main au porte-monnaie pour lutter contre la crise climatique. Ou du moins pas de la manière dont le Parlement le souhaiterait.

En votant non à la nouvelle loi sur le CO2 soumise au vote dimanche, ils ont rejeté les mesures de réduction des émissions avec lesquelles la Suisse entendait mettre en œuvre son engagement dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat.

Malgré ce résultat négatif, le pays continuera à poursuivre l'objectif de neutralité climatique, même s'il sera plus difficile à atteindre, comme l'a dit hier la ministre en charge de l'environnement Simonetta Sommaruga. Il le fera en compagnie notamment de l'Union européenne, des États-Unis, de la Chine - qui est responsable de la moitié des émissions mondiales - et d'une centaine d'autres nations, qui ont également annoncé leur intention de parvenir à une somme d'émissions nettes nulles d'ici 2050 ou 2060.

Comment la Suisse se situe-t-elle par rapport aux autres pays?

Un Suisse émet autant que deux Brésiliens

La Suisse a émis environ 46 millions de tonnes d’équivalent CO2 en 2019. Cela représente environ 0,1% des émissions mondiales. En moyenne, une personne en Suisse émet autant que deux Brésiliens (4,4 tonnes de CO2 par an).

Contenu externe

Les chiffres indiqués ne tiennent compte que des émissions générées au niveau national. Si l’on tient également compte des émissions dues aux importations, l’impact d’un habitant en Suisse s’élève à 14 tonnes de CO2 par an (moyenne mondiale: 6 tonnes). Dans ce classement particulier, mené par les citoyens du Luxembourg, la Suisse se classe au 15e rang mondial.

Objectif 2050: la Suisse mise sur le solaire

La Suisse s’est engagée à réduire de moitié ses émissions d’ici 2030 (par rapport au niveau de 1990) et à atteindre la neutralité climatique d’ici 2050. La stratégie à long terme prévoit une réduction de près de 90% des émissions provenant des transports, des bâtiments et de l’industrie. Une partie de la réduction sera réalisée en finançant des projets climatiques à l’étranger.

Les émissions qu’il est difficile de prévenir, par exemple dans les secteurs de l’agriculture et du traitement des déchets, seront compensées par des technologies de captage et de stockage du CO2.

L’augmentation des besoins en électricité pour l’électrification des transports et du chauffage sera rendue possible par le développement des énergies renouvelables, en particulier le photovoltaïque, selon les autorités. Dans trente ans, lorsque la Suisse aura mis hors service toutes ses centrales nucléaires, le soleil devrait fournir 45% de l’électricité consommée dans le pays, contre environ 4% aujourd’hui.

Marché du CO2 en Chine et éolien aux États-Unis

L’Union européenne est plus ambitieuse à moyen terme: la réduction des émissions d’ici 2030 devrait être d’au moins de 55% par rapport à 1990. La loi européenne sur le climat, qui est au cœur du Pacte vert (Green Deal), prévoit des actions dans tous les secteurs, surtout dans les transports, l’énergie, l’agriculture et les bâtiments.

L’un des principaux instruments pour atteindre ces objectifs est le système d’échange de quotas d’émissions, auquel la Suisse participe depuis 2020. Actuellement appliqué à la production d’électricité, à l’industrie et à l’aviation domestique, ce système pourrait être étendu au transport routier et au chauffage.

La Chine, elle aussi, mise sur le marché du carbone pour atteindre le pic d’émissions en 2030 et la neutralité climatique d’ici 2060. Lancé début février, le plus grand système d’échange de quotas d’émission au monde concerne pour l’instant les entreprises du secteur de l’énergie. En effet, 60% de la production énergétique de la Chine est encore liée au charbon. À l’avenir, le marché du CO2 sera étendu à d’autres industries telles que les cimenteries et les aciéries.

Revenus dans l’Accord de Paris, les États-Unis visent à réduire leurs émissions de 50 à 52% par rapport aux niveaux de 2005. Joe Biden prévoit, entre autres, d’investir deux milliards de dollars dans la rénovation de bâtiments et de promouvoir financièrement la production de véhicules plus propres. La nouvelle administration souhaite également accroître l’énergie provenant de sources renouvelables en construisant de nouveaux parcs éoliens en mer.

La Suisse «insuffisante»

La taxe suisse sur le CO2 appliquée aux combustibles fossiles – actuellement de 96 francs par tonne – est l’une des plus élevées au monde, selon Climate Action Tracker (CATLien externe), une association indépendante qui surveille les politiques climatiques dans le monde.

L’engagement de la Suisse est toutefois jugé «insuffisant». Selon le CAT, les mesures actuellement en vigueur en Suisse permettront de réduire les émissions de 26 à 31% d’ici 2030. Il y a donc un risque que Berne n’atteigne pas son objectif après avoir déjà échoué à atteindre l’objectif fixé pour 2020.

En comparaison internationale, la Suisse fait cependant mieux que la plupart des pays européens et des nations industrialisées. Dans l’indice de performance en matière de changement climatique, qui tient compte de la politique climatique, la Suisse se classe 14e sur 61 pays. Bien qu’elle n’ait pas atteint ses objectifs, elle fait toujours partie des pays qui ont réduit leurs émissions au cours des 30 dernières années.

Contenu externe

Quelle température à la fin du siècle?

Si les paroles sont suivies d’actes, d’ici la fin du siècle, la température moyenne de la planète devrait être supérieure de 2,4°C à celle de l’ère préindustrielle, selon le dernier rapport du CAT. L’objectif de l’accord de Paris de limiter le réchauffement à un niveau «bien inférieur» à 2 degrés Celsius serait donc manqué.

Sonia Seneviratne, climatologue suisse de renommée internationale et coauteure des rapports du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat, est néanmoins confiante. Atteindre l’objectif de Paris «n’est pas impossible», indique-t-elle à SWI swissinfo.ch. «Bien que nous ayons perdu du temps à cause de la pandémie, la situation sur le front politique s’est améliorée avec le changement de gouvernement aux États-Unis. La conférence sur le climat de cette année [COP 26 à Glasgow] sera décisive.»

Les commentaires ont été désactivés pour cet article. Vous pouvez trouver un aperçu des conversations en cours avec nos journalistes ici. Rejoignez-nous !

Si vous souhaitez entamer une conversation sur un sujet abordé dans cet article ou si vous voulez signaler des erreurs factuelles, envoyez-nous un courriel à french@swissinfo.ch.

Partager cet article

Joignez-vous à la discussion

Avec un compte SWI, vous avez la possibilité de faire des commentaires sur notre site web et l'application SWI plus.

Connectez-vous ou inscrivez-vous ici.