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Martin Zimmermann, une agilité à tout rompre

Martin Zimmermann mélange le drame, la tragédie, l’ironie, la danse et les acrobaties pour transmettre son message dans un langage universel, qui touche les publics de Tokyo à New York. © 2021 Charlotte Krieger

Clown, acrobate, comédien et metteur en scène reconnu au-delà des frontières nationales, le Zurichois Martin Zimmermann est le lauréat du Grand Prix suisse des arts de la scène 2021. Portrait d’un artiste drôle et dramatique, tendre et féroce.

Ce contenu a été publié le 07 septembre 2021 - 13:19
Ghania Adamo

Quand il cherche l’équilibre, tout s’écroule. Qu’il frappe à une porte, et la voilà qui se défonce; qu’il marche sur le sol, et le voilà qui se dérobe sous ses pieds; qu’il dresse la tête, et la voilà qui glisse jusqu’à la ceinture lui donnant une silhouette difforme; qu’il dise gentiment «Hallo», et voilà que lui répond un rire sardonique en provenance d’une trappe. Martin Zimmermann ne trouve que contrariétés, du moins sur scène.

«Ce prix est ma médaille d’or. Il m’aide à oublier les moments difficiles de la crise, quand seul dans mon atelier à Zurich je me disais: mon Dieu! que faire si tout s’arrête?»

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Car dans la vie, ce contorsionniste, danseur, acrobate et comédien zurichois a du ressort, ce qui lui permet de venir à bout des contrariétés. La crise sanitaire, qui a lourdement frappé le milieu artistique, il l’a contournée en imaginant une pièce malicieusement intitulée «Wonderful World ».

Il la créera en 2022, avec l’ironie et la drôlerie, la tendresse et la férocité qui distinguent cet artiste à la lucidité surprenante. 

Don de l’anticipation

«Wonderful World» observe les réactions des femmes et des hommes face à une situation exceptionnelle. Certes, on pense ici à au coronavirus. Mais, hasard du titre, «Wonderful World» peut être également interprété comme l’expression joyeuse d’un homme comblé qui anticipe en deux mots son futur bonheur. Martin Zimmermann est lauréat du Grand Prix suisse des arts de la scène/Anneau Hans Reinhart 2021. La nouvelle est tombée le 2 septembre, et l’artiste en a pleuré.

«Ce prix est ma médaille d’or, confie-t-il, je n’ai jamais osé y croire. Vous vous rendez compte, je fais maintenant partie d’une famille de lauréats et lauréates bien plus illustres que moi, comme Bruno Ganz et Christoph Marthaler. L’Anneau me tombe du ciel, il m’aide à oublier les moments difficiles de la crise, quand seul dans mon atelier à Zurich je me disais: mon Dieu! que faire si tout s’arrête?»

Conjurer le sort

De son désespoir, il a néanmoins ri. Pour conjurer le sort, comme ses personnages le font sur les planches avec un humour implacable, il a décidé d’habiter la mort. Il s’est alors fabriqué un squelette qu’il porte dans son dernier spectacle «Danse Macabre», créé à Zurich en août dernier. L’Office fédéral de la culture (OFC), qui reconnaît les difficultés rencontrées récemment par le monde du spectacle vivant, attire par son choix «l’attention sur une génération d’artistes (…) qui ont – et auront – un rôle important à jouer dans la situation actuelle et dans l'après Covid-19». 

>> «Je ne suis pas à l’aise avec les mots», confiait en 2019 Martin Zimmermann à swissinfo.ch:

Cent mille francs. C'est le montant réservé au lauréat du Grand Prix. Qu’allez-vous faire avec cet argent, demande-t-on à Martin Zimmermann? «Oh! je vais prendre des vacances avec ma famille d’abord. Et puis je ne vous cache pas que cette somme n'est pas de trop pour un artiste indépendant comme moi. Je n’ai pas de retraite, je n’en prendrai pas car j’aurai toujours envie de créer. À 70 ans, je porterai probablement des prothèses, je jouerai quand même, et continuerai à me façonner un squelette. Plus j’irai vers la mort, plus mon squelette me sera indispensable».

Le succès new-yorkais

Né en 1970, Martin Zimmermann grandit à Wildberg, dans le canton de Zurich. C'est dans les granges de la campagne zurichoise qu’il fabrique ses premiers spectacles. La réussite ne tarde pas à venir. Elle démarre avec des tours de jonglerie et de magie comiques, exécutés devant les caméras de la Télévision suisse romande (TSR), à l’occasion d’une émission. Il a alors 12 ans. Dans les années 1980, le cirque Knie l’engage pour un spectacle jeune public. Une tournée dans douze villes suisses lui donne des ailes. Il lustre son ambition en entrant par la suite dans une école de danse à Winterthour, avant de rejoindre, en 1997, le Centre national des arts du cirque, à Paris.

Une représentation du spectacle 'Hans was Heiri', mis en scène par Martin Zimmermann, à Wolfsburg, en Allemagne, le 16 mai 2012. Julian Stratenschulte/Keystone

Le jeune homme issu «d’un petit village zurichois» comme il dit, a, depuis, rencontré «un succès international que peu d’artistes suisses ont connu», lance-t-il bien fier. Les théâtres et festivals européens le sollicitent régulièrement. Mais bien au-delà, il y a Tokyo, Kyoto, Sydney… où il a été maintes fois invité. C’est de New-York néanmoins qu’il parle aujourd'hui avec le plus d’émotion. «J’y ai présenté ‘Hallo’ en 2015, programmé à la Brooklyn Academy of Music (BAM), une enseigne qui fait même rêver les stars. Moi, elle m’a fait trembler. J’avais un trac épouvantable avant de monter sur cette scène mythique où Michael Jackson et James Brown s’étaient autrefois produits».

Deux semaines de représentations à New-York, et une standing ovation mémorable. Avant d’entrer sur le plateau, il allait regarder sur son iPhone les photos de son enfance dans son village zurichois. Histoire de s’encourager se répétant que «le petit suisse était arrivé», qu’il avait bien retenu la leçon de son grand-père maternel, maître fromager. Lequel lui disait: «Le travail est un artisanat qu’il faut exécuter avec amour si l’on veut que les gens reviennent vous voir».

>> En 2018, Martin Zimmermann avait accordé un entretien à la Radio télévision suisse (RTS) pour présenter son spectacle «Eins, zwei, drei»:

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Autres prix suisses des arts de la scène 2021:

Nicole Seiler, artiste pluridisciplinaire vaudoise, née en 1970 (Prix interdisciplinaire)

Ballet junior de Genève, école de formation fondée à Genève il y a plus de 50 ans (Prix de danse) Festivals Breakthrough et Groove’N’Move, deux festivals de danse urbaine, qui ont lieu à Zurich et à Genève depuis une dizaine d’années (Prix de danse)

Mathieu Bertholet, auteur et metteur en scène Valaisan, né en 1977, actuel directeur du Théâtre de Poche à Genève (Prix de théâtre)

Tanya Beyeler, metteuse en scène tessinoise, née en 1980 (Prix de théâtre)

Le tandem germano-suisse Beatrice Fleischlin et Anja Meser. Leurs travaux communs traitent du genre et de l’identité (Prix de théâtre)

Joël Maillard, comédien, auteur et metteur en scène vaudois, né en 1978 (Prix de théâtre).

Antje Schupp, Bâloise, performeuse et metteuse en scène de théâtre parlé et musical (Prix de théâtre)

Manuel Stahlberger, né en 1974, artiste de cabaret, musicien et dessinateur de BD saint-gallois  (Prix de théâtre).

Chacun de ces prix est doté de 40 000 francs. La remise des prix aura lieu le 28 octobre au Théâtre du Jura, à Delémont.

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