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Laurent Valette: «En Azerbaïdjan, j’ai plus de libertés qu’en Suisse»

A la suite d'une déclaration de leur président, des Azéris arborant le drapeau national fêtent à Bakou la prise de Chouchi par leurs forces armées, une ville clé de la région du Haut-Karabakh. Dimanche 8 novembre 2020. Copyright 2020 The Associated Press. All Rights Reserved.

Dans la nuit de lundi à mardi, le président russe Vladimir Poutine a annoncé la signature d’un accord de «cessez-le-feu total» entre l’Arménie et l’Azerbaïdjan, après six semaines de combats meurtriers dans la région autonome du Haut-Karabakh. Le Genevois Laurent Valette vit depuis 7 ans en Azerbaïdjan et soutient son pays d’adoption.

Ce contenu a été publié le 10 novembre 2020 - 16:30

La pandémie de coronavirus et, ces derniers jours, les élections présidentielles américaines tiennent le haut de l’affiche dans les médias. Le 9 novembre, le conflit dans le Haut-Karabakh est toutefois revenu sur le devant de la scène avec l’annonce inopinée d’un accord qui consacre la victoire de l’Azerbaïdjan dans la région disputée.

Il y a quelques semaines, SWI swissinfo.ch s’était entretenu avec un Suisse de l’étranger qui a fui l’Arménie pour se mettre à l’abri avec ses enfants en Suisse. Par souci d’équité, nous avons voulu donner la parole à l’un des 32 expatriés suisses vivant en Azerbaïdjan.

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Laurent Valette est un horloger franco-suisse de 42 ans, formé à Genève. Il travaillait pour de prestigieuses marques de montres suisses lorsque l’un de ses clients – un Azéri – lui a dit rechercher un horloger pour venir travailler à Bakou, la capitale de l’Azerbaïdjan. A la suite d’une déception amoureuse, Laurent Valette décide de sauter le pas en 2013.

L’Azerbaïdjan dans le cœur

Laurent Valette, 42 ans.

Il suffit de discuter cinq minutes au téléphone avec Laurent Valette pour comprendre l’amour qu’il voue à son pays d’adoption. Le Genevois parle avec engouement des maisons en pierre de taille de la capitale, des paysages éclectiques, des climats extrêmes et de la qualité de la vie qu’il a trouvée là-bas. «Tant que je n’aurai pas de message de l’ambassade me pressant de quitter le pays, je resterai ici». Car même si un accord de paix vient d’être signé, le non-respect des précédents cessez-le-feu montre que la situation reste précaire.

Laurent Valette considère qu’«en Europe, les gens ont perdu le sens de l’entraide, alors que ces valeurs existent encore en Azerbaïdjan». En outre, d’après lui, le pays restreint beaucoup moins les libertés individuelles. Pour illustrer ses dires, il donne l’exemple d’un terrain qu’il possède dans le Jura français, et pour lequel il a besoin d’une autorisation s’il veut y faire du 4x4. «Ici, je peux rouler n’importe où sans que personne n’y trouve à redire». 

Selon Laurent Valette, «certains états disent que la liberté d'expression n'existe pas en Azerbaïdjan». Mais lui considère avoir «en tant que personne plus de liberté ici». L’ex-république soviétique n’est pourtant pas réputée pour la vivacité de sa démocratie et les libertés qu’elle accorde à ses citoyens. Selon Reporter Sans FrontièresLien externe, le président Ilham Aliev «mène depuis 2014 une guerre impitoyable contre les voix critiques». Amnesty InternationalLien externe reproche pour sa part au dirigeant azéri de réprimer les droits à la liberté d’expression, de mener des procès inéquitables, de harceler et de torturer ses opposants. 

Comment démêler le vrai du faux?

Sur le profil Facebook de cet expatrié suisse, on trouve plusieurs publications qui soutiennent la cause azérie. Et bien qu’il soit conscient des lacunes du pays en matière de droits humains, Laurent Valette affirme: «Je ne pense pas que le gouvernement nous mente. On voit tous les jours à la télévision des informations sur l’avancée de l’armée. Après, est-ce que l’on sait où en est exactement la situation? Non.»

Que penser alors du fait que l’Etat ait bloqué l’accès à certains sites internet tels que YouTube et Facebook depuis le début du conflit? «C’est par sécurité, pour éviter que les gens voient et répandent de fausses informations. Je trouve que c’est une bonne chose.»

Il fait référence à une photographie qui a circulé ces dernières semaines sur les réseaux sociaux. On y voyait une voiture détruite par un missile sur une place. «Les Arméniens prétendent que cette photo a été prise dans leur pays mais lorsqu’on la regarde dans son entier, on y voit en fait la devanture d’un magasin azéri». De l’avis des journalistes sur place et des différents observateurs internationaux, il est actuellement difficile de démêler le vrai du faux lors de ce type d’événements.

swissinfo.ch

Pour Laurent Valette, l’Arménie se bat sur un territoire qui n’est pas le sien et n’a jamais été reconnu comme lui appartenant. «C’est incroyable!, s’insurge-t-il. L’Azerbaïdjan n’essaie pas d’envahir l’Arménie, il veut simplement repousser des populations qui occupent le territoire depuis plus de 30 ans.» Pour rappel, la région du Haut-Karabakh a été rattachée à l'Azerbaïdjan par Staline en 1921.

Pas d'intérêt personnel et financier

En sept ans à Bakou, le Suisse de l’étranger a fondé une famille (il est marié à une Azérie et a une fille de cinq ans), s’est construit une «grande maison» et il jouit d’une très bonne situation professionnelle, puisqu’il est distributeur officiel de la marque Rolex et a créé sa propre marque de montres – des pièces uniques conçues sur mesure.

Il dément toutefois tout intérêt personnel ou économique dans sa prise de position en faveur du pays qui l’accueille. «Un autre point de vue n’aurait pas de conséquences vis-à-vis de mon chef», déclare-t-il. De même, il compte inscrire le plus rapidement possible sa société en Suisse afin d’y faire des affaires, car le marché de la montre de luxe en Azerbaïdjan est restreint. «Je n’ai donc pas non plus d’intérêt économique».

Histoire du conflit du Haut-Karabakh

L'Azerbaïdjan est soviétisé en 1920. En juillet 1921, Staline, avec le bureau caucasien du Comité central du parti bolchevik, décide de rattacher la région du Haut-Karabakh, dont la population est déjà majoritairement arménienne chrétienne, à l’Azerbaïdjan, à majorité musulmane chiite. En 1923, le territoire devient l'Oblast autonome du Haut-Karabakh, un territoire autonome au sein de l'Azerbaïdjan, séparé de l'Arménie par un "couloir azéri".

Pendant 65 ans, la situation n'évolue plus. Ce n'est qu'en 1988, dans le climat libéral de la PerestroïkaLien externe de Mikhaïl Gorbatchev, que la région s'autoproclame République socialiste soviétique. En 1991, lors de l’effondrement de l’URSS, le Haut-Karabakh proclame unilatéralement son indépendance. Démarre alors une guerre qui durera trois ans et fera presque 30’000 morts et des centaines de milliers de réfugiés.

Les violents affrontements entre les deux armées inciteront la communauté internationale à réagir. C’est ainsi qu’en 1992, l’Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe (OSCE) décide de créer le Groupe de Minsk, une organisation européenne coprésidée par la France, les Etats-Unis et la Russie, chargée d’établir des négociations et de trouver une issue pacifique au conflit. En 1994, l’instance européenne arrive à imposer un cessez-le-feu, sans pour autant résoudre le conflit. En 2016 notamment, une attaque azérie lance le début de la «guerre des Quatre Jours» qui fera une centaine de morts.

Source: TV5MondeLien externe et l'Université de Genève

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