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La Suisse consternée par la «journée de la honte» à Washington

Les partisans de Trump à l'assaut du Capitole. Copyright 2020 The Associated Press. All Rights Reserved

L’attaque contre le Capitole a laissé le monde stupéfait – mais pas sans voix. À l’instar des autres, les médias suisses voient dans ce «jour de la honte» une source d’indignation, et de crainte.

Ce contenu a été publié le 07 janvier 2021 - 12:11

Habituellement, ce n’est qu’une formalité: mercredi, les deux chambres du Congrès américain étaient réunies pour entériner la victoire de Joe Biden à l’élection présidentielle. Mais à quelques encablures de là, devant la Maison Blanche, le perdant Donald Trump chauffait ses partisans, parlant encore et toujours d’«élection volée» et engageant les «vrais patriotes» à marcher sur le Capitole.

Des centaines de manifestants ont donc pris d’assaut le bâtiment emblématique de la démocratie américaine. Ils ont pénétré jusque dans les salles où étaient réunis les élus et saccagé certains bureaux. Après cinq heures de chaos, les forces de sécurité ont réussi à ramener l’ordre, mais l’émeute a fait quatre morts: une femme abattue par la police et trois autres personnes décédées dans des circonstances qui restent à déterminer.

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À la reprise de la séance parlementaire dans la soirée, les élus ont finalement confirmé la victoire de Joe Biden avec 306 grands électeurs contre 232. Les objections soulevées contre le vote dans quelques États n’ont été soutenues que par les quelques dizaines de Républicains restés fidèles au président non réélu.

Le carnage

«Tout ça pour ça?», serait-on tenté d’écrire. Reste que les scènes de quasi-guerre civile relayées en boucle par les télévisions et les réseaux sociaux ont profondément choqué le monde entier. En Suisse, les médias parlent de «carnage», d’«anarchie», et de «folie destructrice».

Face à l'invasion des manifestants, les parlementaires se réfugient derrière leurs fauteuils. Copyright 2020 The Associated Press. All Rights Reserved

«Donald Trump avait prévenu: la journée de mercredi serait ‘folle’, il a tenu parole», écrivent ainsi La Tribune de Genève et 24 heures. «Une croisade délirante pour empêcher le clap final de l’élection et obtenir par l’intimidation et la violence ce qu’il n’a pu gagner dans les urnes ni devant les tribunaux».

«On ne s’attendait pas à de la dignité de la part d’un président qui a toujours méprisé les institutions démocratiques. Mais on cherche en vain une cohérence politique dans sa stratégie du pire», poursuivent les deux quotidiens lémaniques. Et de noter au passage que cette attitude «a démobilisé une partie des électeurs républicains en Géorgie, entraînant la victoire des deux candidats démocrates et le basculement du Sénat».

Les graines de la violence

«Les graines mortelles de la violence semées par Trump ont germé», constate à Zurich le Tages-Anzeiger et avec lui tous les titres du groupe Tamedia (TX Group) à Berne à Bâle et ailleurs. «Cette explosion n’était pas spontanée. C’est Donald Trump personnellement qui a semé cette violence. Depuis deux mois, il n’a rien fait d’autre que de chauffer ses partisans. L’Amérique est tombée dans l’anarchie. Trump, qui méprise le pays et ses lois, se moque finalement des États-Unis, il détruit la démocratie, il appelle au coup d’État».

Un partisan de Trump se vautre derrière le bureau de la Démocrate Nancy Pelosi, présidente de la Chambre de représentants et ennemie jurée de son idole. Keystone / Jim Lo Scalzo

En Suisse romande, Le Temps juge aussi que «l'assaut du Capitole est la conséquence directe de l'attitude honteuse du président, incapable de reconnaître sa défaite, et ne cessant de galvaniser sa base électorale en l'alimentant de haine et de contre-vérités».

Et au moment où les choses commencent vraiment à chauffer, Trump, «en Néron des temps modernes, se pose en simple spectateur de sa folie destructrice. S'il avait encore la moindre conscience de ses responsabilités présidentielles, il aurait dû rapidement s'adresser à la nation pour appeler ses militants à quitter les lieux. Il ne l'a fait qu'à moitié, continuant à parler de ‘scrutin volé’. C'est d'une gravité sans précédent, et laisse augurer le pire pour ses derniers jours au pouvoir», ajoute le quotidien».

Les manifestants dans la Rotonde du Capitole. Keystone / Jim Lo Scalzo

Le président, pas le pays

En Suisse italienne également, le Corriere del Ticino est stupéfait. «Les tribunaux n’ont constaté aucune fraude électorale. Mais parfois, le fanatisme politique rend aveugle. Il était donc facile de réunir des milliers de fanatiques devant le Congrès. Mais le fait qu’ils aient pris le Capitole d’assaut constitue une ignominie sans précédent».

Pour la Neue Zürcher Zeitung toutefois, ce chaos «est un avertissement, mais ne marque pas pour autant la chute de la démocratie américaine. Ces scènes sont certes choquantes, et historiques, mais n’empêcheront pas Joe Biden de prendre ses fonctions de président le 20 janvier. La démocratie en Amérique, celle qui respecte la volonté des citoyens fonctionne toujours».

Finalement, conclut le quotidien zurichois, les scènes du Capitole «ne reflètent pas prioritairement l’état du pays, mais celui de son président».

Départ immédiat?

La presse et plusieurs gouvernements condamnent sans appel les événements de Washington. Aux États-Unis, les anciens présidents démocrates Barack Obama, Bill Clinton et Jimmy Carter ont réagi vivement, de même que le Républicain George W. Bush, qui parle d’images «ignobles et déchirantes», dignes d'une «république bananière». En Suisse, le Conseil fédéral se dit «consterné, mais confiant» dans la force des institutions américaines.

Selon plusieurs médias, des membres du gouvernement américain ont discuté de la possibilité d'écarter Donald Trump du pouvoir pour les deux semaines qui lui restent à la Maison Blanche. Le 25e amendement de la Constitution autorise en effet le vice-président et une majorité du Cabinet à déclarer le président «inapte» à exercer ses fonctions.

Tous les Démocrates de la commission judiciaire de la Chambre des représentants ont ainsi adressé un courrier à Mike Pence pour lui demander d'invoquer le 25e amendement. Pour eux, le président sortant «est malade mentalement et incapable de gérer et d'accepter les résultats de l'élection de 2020».

L'influent Washington Post a également plaidé en ce sens dans un éditorial sévère. Pour le journal, «le président est responsable de l'acte de sédition» survenu au Capitole. Donald Trump «a prouvé qu'il représente une grave menace pour la démocratie, il doit être écarté».

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