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La Suisse, le Hamas et la question terroriste

Keystone / Mohammed Saber

Les organisations juives de Suisse voudraient voir le Hamas palestinien classé parmi les organisations terroristes. La récente escalade de violence a donné un nouvel élan à cette vieille revendication. Mais la diplomatie suisse ne l’entend pas de cette oreille.

Ce contenu a été publié le 28 mai 2021 - 11:37

Les armes se sont à nouveau tues en Israël et en Palestine. Après onze jours de combats intenses, un cessez-le-feu a pu être négocié le 21 mai, principalement grâce à la médiation de l’Égypte et de l’ONU. Il prévoit une cessation mutuelle et simultanée des hostilités.

Comme les autres, cette récente flambée de violence a touché principalement la population civile: plus de 230 Palestiniens et 11 Israéliens ont été tués. Le nombre de blessés se chiffre par milliers et les dommages aux infrastructures sont énormes, surtout dans la bande de Gaza.

Alors que les combats faisaient encore rage, les organisations juives de Suisse ont réitéré leur demande de classer le Hamas parmi les organisations terroristes. Dans une déclaration communeLien externe, la Fédération suisse des communautés israélites (FSCI) et la Plateforme des juifs libéraux de Suisse (PJLS) présentent le Hamas comme «clairement extrémiste, terroriste et antisémite» et s’indignent du fait qu’en Suisse, «le Hamas va et vient tout à sa guise, collecte des dons et vaque à ses opérations financières». Les deux organisations «exigent» donc de la Suisse qu’elle revoie sa position. L’ambassade d’Israël à Berne a demandé la même chose.

La Confédération botte en touche

La revendication n’est pas nouvelle: en 2017, le conseiller national UDC (droite conservatrice) Christian Imark avait demandéLien externe au Conseil fédéral d’interdire le Hamas ou de le classer parmi les organisations terroristes. Après la récente escalade, l’élu soleurois nous explique que, selon lui, «un tel classement serait toujours correct, en particulier parce que le Hamas apparaît à nouveau comme agresseur et utilise sa propre population comme bouclier humain».

Dans les faits, la Suisse n’a jusqu’ici déclaré qu’Al-Qaïda et l’État islamique (Daech) comme organisations terroristes. Cela signifie que les discussions directes sont impossibles entre eux et le gouvernement helvétique. Et c’est aussi la raison pour laquelle le Conseil fédéral n’a jamais voulu accéder à la demande relative au Hamas. Dans le cadre de sa politique de paix dans la région, il est important de parler à tous les acteurs et de pouvoir offrir les bons offices de la Suisse. Aussi bien entre Israël et les Palestiniens que dans le dialogue inter palestinien, entre le Hamas islamique et le Fatah laïc.

Les récents épisodes de violence n’ont rien changé. «Le DFAE a pris connaissance de la demande de la FSCI. La position de la Suisse […] reste valable. Le Hamas nie le droit à l’existence d’Israël et défend la lutte armée comme moyen de résistance légitime. La Suisse condamne ces positions très clairement», nous communique le Département des Affaires étrangères.

Et de rappeler que la Suisse a été en contact avec toutes les parties en conflit et a aussi appelé le Hamas à Gaza à mettre fin à tous les actes de violence et à respecter le droit humanitaire et les droits humains.

Un conflit d’objectifs

Plusieurs raisons expliquent pourquoi l’Union européenne n’a pas joué un rôle majeur dans la négociation du cessez-le-feu. Ayant classé le Hamas comme organisation terroriste, l’UE ne peut pas mener des discussions directes avec lui – ce qui est aussi le cas de nombreux autres États. Certains ne considèrent comme terroriste que la branche armée du Hamas, et non l’organisation dans son ensemble.

Après les violences de ces dernières semaines, la pression pour faire classer le Hamas comme mouvement terroriste est montée dans plusieurs pays. Le candidat à la Chancellerie fédérale allemande, le démocrate-chrétien Armin Laschet, demande par exemple que le drapeau du Hamas soit interdit, alors que d’autres appellent à l’interdiction totale de l’organisation.

La question se pose toutefois de savoir dans quelle mesure une interdiction serait productive. Selon les analystes, le Hamas est devenu la force politique la plus importante pour les Palestiniens. Au-delà de la bande de Gaza, qu’il dirige depuis 2007, il gagne de plus en plus de soutiens en Cisjordanie et parmi les Arabes israéliens. Dans une interview à la Luzerner ZeitungLien externe, l’expert du Proche-Orient Erich Gysling a bien résumé le dilemme: «Le Hamas est le vainqueur politique du côté palestinien. On doit continuer de discuter avec lui. Le classer comme terroriste n’aide personne.»

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