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Crise climatique

La Suisse – petit pays, grosse empreinte carbone

Ordonnés, champions du recyclage et du voyage en train, les Suisses ont la réputation de vivre dans un pays propre et sain, au milieu de beautés naturelles à couper le souffle. Pourtant, cette qualité de vie helvétique tant vantée a aussi son côté obscur. Les niveaux de consommation et de confort font grimper l’empreinte carbone du pays. Voici un aperçu des principaux facteurs à l'origine des émissions suisses de CO2.

Ce contenu a été publié le 13 octobre 2021 - 15:39
Corinna Staffe (illustration)

Si tous les humains vivaient comme les Suisses, il leur faudrait trois planètes pour leur fournir suffisamment de ressources naturelles. Alors que Jour du Dépassement de la Terre tombe généralement au milieu de l’été, la Suisse a déjà épuisé son quota de ressources annuelles au début mai.

«Avec son niveau de consommation comparativement élevé, la Suisse fait partie des pays dont l'empreinte environnementale par habitant est disproportionnée», écrit Karine Siegwart, sous-directrice de l’Office fédéral de l’Environnement, dans une étudeLien externe récente

Cette empreinte est due en partie à toutes les marchandises que le pays importe. Si l’on prend en compte les émissions générées par ces importations, chaque habitant de la Suisse est responsable de l’émission de 14 tonnes de CO2 par année, alors que la moyenne mondiale est à 6.

Déchets

La Suisse produit davantage de déchets par tête que la plupart des autres pays européens.

«Les déchets et leur élimination en disent long sur l’égoïsme rampant de notre société. C’est un signe de l’option du tout jetable», constate Andy Werren, qui conduit les visites guidées de la centrale de Forsthaus à Berne, qui produit de l’électricité et de la chaleur en brûlant du bois, du gaz et des déchets.

Même si la collecte et le recyclage des bouteilles en PET et autres plastiques fonctionnent bien, la plupart des emballages en plastique sont difficiles, voire impossibles à recycler. La densité des points de collecte varie selon les régions et les cantons, mais le prix de l’élimination des déchets ménagers est généralement assez bas pour réduire l’incitation à recycler.

Mobilité

La Suisse dispose d’un réseau ferroviaire dense. Ses utilisateurs sont champions en termes de nombre de trajets et de distances parcourues chaque année.

Mais cela n’empêche pas les gens d’utiliser encore beaucoup la voiture pour se rendre à leur travail. Plus de la moitié des pendulaires la préfèrent aux transports publics, au vélo ou à la marche. Le transport routier – y compris les bus et les véhicules de service et de livraison – est responsable de près de 40% des émissions de CO2 en Suisse.

Avant la pandémie, le Suisse moyen parcourait environ 9000 km par année en avion, deux fois plus que 20 ans auparavant. Les vols d’avant la Covid-19 représentaient environ 10% des émissions de CO2 du pays, soit quatre fois plus que la moyenne mondiale (2,5%).

«En moyenne, la population suisse prend l’avion trois fois plus souvent que les citoyens européens, conduit les plus grosses voitures du continent et produit une des plus grandes quantités de déchets au monde», écrivait le WWF dans un communiquéLien externe à l’occasion de la Journée suisse du dépassement de la Terre en mai 2019.

Mais la pression publique est de plus en plis forte pour réduire les déplacements en avion, avec un débat sur l’introduction d’une taxe carbone sur les billets. Certains arguent que les billets d'avion eux-mêmes devraient être plus chers pour décourager les gens d'utiliser les offres bon marché comme excuse pour une courte escapade.

Des services comme myclimateLien externe offrent aux pollueurs qui se sentiraient coupables la possibilité de faire des dons pour compenser leur empreinte carbone.

«Prendre l’avion n’est pas un droit humain», déclare Stephen Neff, directeur de myclimate. «C’est un luxe, auquel nous nous sommes habitués, en Suisse et dans d’autres pays».

Logement

La Suisse utilise plus d’huile de chauffage que les autres pays européens et se situe au-dessus de la moyenne pour les pertes de chaleur dans les bâtiments. Une des raisons en est que le parc immobilier est relativement vieux et qu’il existe une réticence généralisée à investir dans des rénovations.

Dans le même temps, la plupart des nouvelles constructions en Suisse sont des villas pour une ou deux familles dans les zones périurbaines. Du fait de leur éloignement, les habitants se déplacent souvent en voiture.

Le boom de la construction est porté dans une large mesure par des investisseurs institutionnels, qui parient sur une nouvelle hausse du marché immobilier. Conséquence: beaucoup de ces maisons restent vides, avec le gaspillage de matériaux de construction et d'espaces verts que cela implique.

Objectif zéro

Dans le but d’atteindre zéro émission nette en 2050, le gouvernement suisse a adopté des mesures de réduction du CO2 dans les transports, la construction et le secteur industriel. Ce qui n’a pas empêché le parlement d’approuver en mai 2020 un crédit de presque deux milliards de francs pour soutenir SWISS et d’autres compagnies aériennes touchées par la crise du coronavirus.

En juin 2021, les citoyennes et citoyens suisses ont eu l’occasion de se prononcer sur la loi CO2, adoptée par le parlement et attaquée par un référendum des milieux pétroliers et automobiles, soutenus par les conservateurs de droite de l’UDC. Au terme d’une campagne où l’on a beaucoup brandi l’argument du portemonnaie, le texte a été refusé par 51,6% du corps électoral.

«Ce non a des conséquences», a dit la ministre de l’Environnement Simonetta Sommaruga. «Il sera désormais difficile d’atteindre nos objectifs climatiques». Conformément à l'Accord de Paris, la Suisse vise la neutralité climatique d'ici 2050.

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