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Financement climatique: la Suisse soupçonnée de jouer un double jeu

Les pays les plus pauvres comptent sur l'aide financière des pays riches pour faire face à la crise climatique. Sur la photo: des femmes à Baligubadle, au Somaliland, pendant la sécheresse de 2019. Keystone / Mark Naftalin / United Nations D

La Suisse s'engage pour accroître les investissements en faveur de la protection du climat dans les pays en développement. Ce sera l’une de ses priorités lors de la prochaine conférence des Nations unies sur le climat (COP26). Mais en coulisses, les autorités suisses feraient pression pour obtenir le contraire.

Ce contenu a été publié le 22 octobre 2021 - 12:00

Les pays riches ont promis de mettre en commun 100 milliards de dollars par an pour aider les États les plus pauvres et les plus vulnérables de la planète à faire face au changement climatique. L'objectif n'a pas encore été atteint et, lors de la conférence des Nations unies sur le climat qui s'ouvrira à la fin du mois à Glasgow (COP26), la Suisse demandera une augmentation des investissements pour ce qu’on appelle le financement climatique. C'est du moins la position officielle de Berne.

Or dans le même temps, la Suisse tenterait d'atténuer la responsabilité financière des pays riches envers les pays pauvres, selon des documents divulgués par UnearthedLien externe, l'unité de journalisme d'investigation de la branche britannique de Greenpeace, comme l’a rapporté la BBC ce jeudi.

Ces documents sont constitués de plus de 32’000 commentaires formulés par des gouvernements, des entreprises et d'autres parties prenantes sur le projet du prochain rapport du Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC). C'est sur la base des rapports de l'organe des Nations unies que les gouvernements nationaux définissent les objectifs climatiques et les mesures de réduction des émissions.

La Suisse n'est pas le seul pays à vouloir influencer le contenu du rapport. Selon Unearthed, les États producteurs de pétrole tentent de minimiser la nécessité d’un abandon rapide des énergies fossiles. Les grands pays producteurs de viande et de lait, dont le Brésil, s'activeraient quant à eux pour contrecarrer le message selon lequel l'élevage animal est néfaste au climat. 

«Ces commentaires montrent la tactique que certains pays ont l'intention d'employer pour faire obstruction et retarder les actions visant à réduire les émissions», affirme Simon Lewis, professeur à l'University College de Londres, cité par Unearthed.

Certains pays ont besoin d'aide, d'autres non

L'Office fédéral de l'environnement (OFEV) rappelle que l'examen des rapports du GIEC par les États et l'envoi de commentaires par ces derniers font partie du processus normal. Le processus est «transparent» et «tous les commentaires sont rendus publics», écrit l'OFEV dans un courriel adressé à swissinfo.ch.

Franz Perrez, chef de la délégation suisse à la COP26, relève que «les commentaires de la Suisse sur le projet de résumé [du rapport] à l'intention des décideurs politiques ne visaient pas à remettre en question l'importance du financement en faveur du climat ou la nécessité de fonds supplémentaires. La Suisse reste d'avis que le soutien international à une politique climatique ambitieuse doit être encore renforcé».

Le financement en faveur du climat est un instrument important pour renforcer les efforts de protection du climat, souligne l'OFEV. «Mais ce n'est pas le seul instrument pertinent. Plusieurs pays en développement ont besoin d'un soutien financier pour élaborer et mettre en œuvre des politiques climatiques conformes aux objectifs de l'accord de Paris. D’autres non».

Un potentiel «scandale» aux yeux de Greenpeace

Georg Klingler, spécialiste du climat à Greenpeace Suisse, estime que les révélations de la BBC donnent l'impression que la Suisse fait le contraire de ce qu'il faudrait entreprendre pour lutter contre la crise climatique. «S’il s’avère que la Suisse tente de miner la protection du climat en coulisses, alors qu’elle se montre ambitieuse sur le devant de la scène, il s’agirait évidemment d’un scandale», dit-il à swissinfo.ch.

Ce qui est certain, poursuit-il, c'est que la contribution de la Suisse au financement en faveur du climat (environ 640 millions de francs suisses par an) n'est pas suffisante. «Nous pensons que ce montant devrait atteindre au moins un milliard de francs par an, compte tenu de la force économique de la Suisse», souligne Georg Klingler.

L'expert de Greenpeace se demande si la Confédération s’active réellement au niveau international pour que les 100 milliards de dollars par an destinés aux pays les plus vulnérables soient mis en commun le plus rapidement possible. «Le soupçon est que la Suisse tente de saper cette promesse et qu’elle utilise des artifices qui ne conduiront pas en fin de compte à réunir plus d'argent pour la protection du climat», dit-il.

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