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À Locarno, le retour du cinéma grand écran

La Piazza Grande de Locarno avec le plus grand écran extérieur du monde : cette année, l'accès sera limité aux personnes munies d'un certificat Covid. Dans la plupart des cinémas, le certificat n'est pas obligatoire. Les spectateurs doivent cependant respecter les règles de distanciation physique et porter un masque. (c)fotopedrazzini.ch

Le festival du film de Locarno est toujours plein de surprises, mais l’édition de cette année est doublement unique. Outre les mesures sanitaires requises, il s’agit de la première édition dirigée par Giona A. Nazzaro, une encyclopédie vivante du cinéma qui est aussi un éminent spécialiste des films d’action.

Ce contenu a été publié le 03 août 2021 - 14:02

L’édition qui s’ouvre le 4 août est estampillée Safe Festival, ce qui signifie qu’il sera pratiquement impossible de participer sans certificat de vaccination, certificat de guérison ou test PCR. Tout ceci afin de garantir l’objectif principal du directeur artistique Giona Antonio Nazzaro: un retour sûr à l’expérience du grand écran.

Ce n’est pas seulement la pandémie qui a gardé le public devant le petit écran à la maison. L’industrie cinématographique et la façon dont nous regardons les films sont affectées par les changements radicaux qui interviennent dans la production et la distribution. Parmi les évolutions notables, citons la propagation des plateformes de streaming, qui s’imposent dans tous les aspects de la production cinématographique, comme l’explique Giona Nazzaro dans cette interview:

Un marathon

Les spectateurs pourront choisir parmi 209 filmsLien externe projetés pendant les dix jours du festival. Voici quelques-uns des joyaux proposés cette année à Locarno.

Beckett, le film qui ouvre les projections sur la Piazza Grande, est déjà l’un des plus attendus. Ce thriller italien sera présenté en première mondiale sur le plus grand écran extérieur du monde, un peu plus d’une semaine avant sa sortie sur Netflix, prévue le 13 août.

La présence de films produits par des plateformes de streaming dans des festivals prestigieux est encore quelque peu taboue. Cannes, par exemple, ne présente pas de tels films. Giona Nazzaro, lui, ne se sent pas lié par les traditions ou les règles.

Un prix pour le créateur de Robocop

La science-fiction, les dystopies et les catastrophes sont particulièrement présentes dans le programme. Un écho des mouvements sociaux qui agitent la planète sur fond de pandémie et de crise climatique.

Parmi les films à surveiller, le film d’animation expérimental Mad God (Etats-Unis), dont la réalisation a pris 30 ans à son créateur, Phil Tippett. Magicien des effets spéciaux, Phil Tippett sera également récompensé pour deux de ses chefs-d’œuvre, Robocop (1987) et Starship Troopers (1997), tous deux réalisés par Paul Verhoeven.

La science-fiction n’est pas nécessairement futuriste. Nous vivons déjà dans un monde qui a été imaginé avec une terrible prescience par les films et les bandes dessinées des dernières décennies du XXe siècle. Les dystopies d’aujourd’hui transcendent les langues et les cultures, comme en témoignent le film coréen Sinkhole (Sing-keu-hol), le film français After Blue (Paradis Sale), le film américain Free Guy - Eroe per gioco, le film espagnol The Sacred Spirit, le film italien Dal pianeta degli umani, sans oublier Zeros and Ones, du réalisateur américain controversé Abel Ferrara (The Bad Guy et King of New York).

Il n’y a pas de violence stylisée dans l’œuvre de Ferrara. Dans les années 1980 et 1990, avec ses descriptions réalistes et choquantes du monde caché de la drogue et du sexe (il a commencé sa carrière avec du porno hardcore), il a provoqué une réaction moralisatrice au Royaume-Uni qui a conduit à une législation plus stricte en matière de marketing et de distribution. Depuis près de 20 ans, Ferrara vit à Rome en se disant bouddhiste. Et il sera présent à Locarno.

Attendu avec impatience: la première mondiale de Hinterland, le thriller policier expressionniste du réalisateur autrichien Stefan Ruzowitzky, lauréat en 2008 de l'Oscar du meilleur film étranger avec Le faussaire - Opération Bernhard. Locarno Film Festival

John Landis, invité d’honneur

Il manque un ingrédient au festin multiculturel du programme du festival: le cinéma japonais. Pour rattraper le coup, Locarno rend hommage au cinéaste d’animation Mamoru Hosoda en projetant trois de ses œuvres - dont sa dernière, Belle - et en lui remettant le premier Locarno Kids Award. Mais ne vous laissez pas berner. L’art de Hosoda n’est pas un jeu d’enfant. Ayant atteint une renommée mondiale au début des années 2000 avec les films de la franchise Digimon, Hosoda possède désormais son propre studio en étant l’un des créateurs les plus respectés de l’univers de l’animation.

Malheureusement, Hosoda ne sera pas présent pour recevoir son prix, mais la liste des invités de marque est tout de même assez impressionnante. L’invité d’honneur de cette année est John Landis, le réalisateur qui a revitalisé la comédie américaine et lancé la carrière de nombreuses légendes immortelles telles que John Belushi (Animal House, 1978) et Dan Aykroyd avec le film culte The Blues Brothers en 1982. Landis a également contribué à la célébrité d’Eddie Murphy avec Un fauteuil pour deux (avec Aykroyd, 1983) et Un Prince à New York (1988). Landis ne s’est pas limité à la comédie. Quelqu’un se souvient-il de La Quatrième Dimension? La filmographie de Landis comprend également des documentaires, des clips musicaux et des films d’horreur pour la télévision, entre autres.

Maîtres, anciens et nouveaux

Ainsi, Hollywood et le cinéma américain sont très bien représentés. Mais parmi les présences les plus illustres figure le réalisateur roumain Radu Jude, qui a remporté l’Ours d’or, le plus grand prix du festival du film de Berlin, en mars avec Bad Luck Banging or Loony Porn. Locarno présente son dernier court-métrage, Caricaturana, un concentré de neuf minutes de son génie. Le réalisateur sera présent au festival avec sa bonne humeur et ses réflexions animées sur le cinéma et la politique.

En mars de cette année, le réalisateur roumain Radu Jude a remporté l'Ours d'or au Festival de Berlin. Il présente un court métrage à Locarno, dans la section «Courts métrages d'auteur». Keystone / Axel Schmidt

Un autre événement régulier de Locarno est sa Rétrospective, une grande occasion de découvrir ou redécouvrir en profondeur l’œuvre d’un grand réalisateur ou des moments/mouvements importants de l’histoire du cinéma. Cette année, Nazzaro a choisi de mettre en avant une vaste sélection d’œuvres d’Alberto LattuadaLien externe.

Marco Bellocchio propose un court métrage pour la compétition «Courts métrages d'auteur». Locarno Film Festival

Jamais entendu parler de lui? Ne vous inquiétez pas. Lattuada est un héros oublié du cinéma italien, contemporain des réalisateurs cultes que nous adorons, tels que Fellini, Antonioni, Monicelli, etc.

Il est difficile de résumer les curiosités et les trésors de Locarno dans un court article. Mais vous pouvez suivre notre couverture spéciale du Festival et vous tenir au courant des tendances, des nouvelles, des débats et des critiques des journalistes de swissinfo.ch et de la Locarno Critics Academy – 10 jeunes critiques de cinéma du monde entier sélectionnés pour une immersion intense dans le monde du cinéma. Les protagonistes de cette année viennent du Vietnam, de Roumanie, de Hongrie, du Brésil, du Chili, de la République dominicaine, du Royaume-Uni et de Suisse.

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