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Comment le BioHub de l’OMS, basé en Suisse, se prépare pour les pandémies futures

Le virologue Marc Strasser passe dans le sas de décontamination avant d’entrer dans un des labos biologiques de haute sécurité de Spiez, en novembre 2014. Keystone / Peter Schneider

La création en Suisse d’un dépôt global destiné à stocker, analyser et partager rapidement des virus et des agents pathogènes entre laboratoires du monde entier nous permettra de mieux nous préparer à la prochaine pandémie, affirme une biologiste qui travaille sur le site de ce futur BioHub.

Ce contenu a été publié le 02 juillet 2021 - 11:04

Le mois dernier, le gouvernement suisse et l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) ont signé un accordLien externe pour le lancement du Système BioHub, annoncé en novembre 2020. La Suisse mettra à disposition de l’OMS le Laboratoire de biosécurité de SpiezLien externe, dans les Alpes bernoises, afin de servir de dépôt mondial aux virus et agents pathogènes ayant un potentiel épidémique ou pandémique – comme le SARS-CoV-2, responsable de la Covid-19. Ils y seront stockés, analysés et partagés avec d’autres pays.

Isabel Hunger-Glaser est cheffe de la division biologie au Laboratoire de Spiez. Nous nous sommes entretenus avec elle pour en savoir plus sur ce BioHub et sur les travaux qui y seront menés.

Isabel Hunger-Glaser. Spiez Laboratory

SWI swissinfo.ch: Pourquoi était-il nécessaire de créer une telle installation?

Isabel Hunger-Glaser: Pouvoir analyser rapidement les nouveaux agents pathogènes est une étape essentielle pour contenir les maladies à un stade précoce et éviter leur propagation. Avec ce type d’approche, une maladie ne se propagerait probablement pas aussi soudainement que ce qu’on a vu avec le SARS-CoV-2.

L’idée de ce système BioHub est venue du docteur Tedros Adhanom Ghebreyesus, directeur général de l’OMS. Il a appelé à une nouvelle ère de coopération internationale, en soulignant la nécessité d’être mieux préparés pour la prochaine pandémie.

Aujourd’hui, le partage des agents pathogènes entre pays se fait sur la base d’accords bilatéraux, un processus qui prend beaucoup de temps, notamment sur le plan administratif. Avec le système BioHub, l’OMS veut établir un partage beaucoup plus rapide des agents pathogènes, afin d’assurer une réponse rapide pour les interventions et le développement de diagnostics ou de traitements. L’OMS estime également que la situation actuelle [où certains pays ont un meilleur accès à l’information sur les pathogènes que d’autres] est injuste. Un des principes du système BioHub devrait être l’équité et la justice.

Comment le système va-t-il fonctionner, et dans quelle mesure la Suisse aura-t-elle son mot à dire sur ce qui sera stocké, partagé et analysé au Laboratoire de Spiez?

À Spiez, nous allons cultiver les agents pathogènes et faire des analyses, comme le séquençage. C’est important pour le contrôle de la qualité. L’OMS sera chargée de partager [les résultats] avec les autres pays. Elle prendra contact avec les laboratoires qui sont intéressés à recevoir des variants particuliers. L’OMS ne partagera des agents pathogènes qu’avec des entités qualifiées, qui respectent les règlementations et les normes applicables.

Nous sommes en train de mettre en place un comité consultatif, avec du personnel des Hôpitaux universitaires genevois (HUG), de l’Institut suisse de virologie et d'immunologie (IVI) et du Laboratoire de Spiez, qui discutera de la pertinence de stocker chaque nouveau variant particulier au BioHub. À l’évidence, nous n’aurons pas besoin d’accepter des variants que nous avons déjà.

Pourquoi Spiez a-t-il été choisi comme centre principal, parmi d’autres laboratoires?

L’OMS a entamé la phase initiale du système BioHub avec un seul laboratoire. Il y a plusieurs raisons qui ont conduit au choix de Spiez, notamment sa position géographique, proche de Genève [siège de l’OMS], ses normes élevées, sa bonne réputation, et le fait qu’il offre une infrastructure de confinement du plus haut niveau de biosécurité. Spiez est le seul laboratoire en Suisse qui peut cultiver des agents pathogènes pour l’être humain appartenant au groupe de risque 4. Pour les caractériser, les analyser et les partager, il est important en effet de pouvoir cultiver ces virus.

Nous avons déjà un dépôt pour la Suisse à Spiez, avec une quarantaine de pathogènes différents, comme les agents responsables d’Ebola et d’autres fièvres hémorragiques. Plusieurs variants du SARS-CoV-2 ont déjà été cultivés, analyses et stockés dans nos locaux.

Le plan est de lancer une phase pilote basée sur le SARS-CoV-2 et ses variants avant d’étendre le projet à d’autres pathogènes. Comment voyez-vous l’évolution des travaux dans les 12 prochains mois?

Le travail devrait commencer en juillet. L’idée de la phase pilote est d’améliorer les processus et d’acquérir une certaine expérience.

Il est très difficile de prévoir comment les choses vont évoluer. Nous savons que quelques pays aimeraient fournir leurs variants à l’OMS. J’ai le sentiment que nous pourrons obtenir plusieurs souches d’Afrique ou d’Amérique du Sud. La situation en Afrique, par exemple, semble indiquer un nombre croissant de nouveaux variants, avec des mutations potentiellement préoccupantes.

Le système du BioHub est basé sur le volontariat. Au vu des réticences des États membres à coopérer pendant la pandémie sur des questions comme les vaccins, peut-on espérer les voir partager activement les agents pathogènes?

L’expérience de la pandémie actuelle a démontré l’importance de réagir vite, de partager les expériences et de travailler ensemble. Si tout avait été fait plus rapidement, peut-être qu’il aurait été possible de stopper la propagation de la Covid-19 et la situation serait meilleure à l’heure qu’il est. Certains pays ont déjà annoncé leur volonté de partager des variants.

La pression internationale se fait de plus en plus forte pour en savoir plus sur les origines de la pandémie de coronavirus. Deux théories s’affrontent: la transmission à partir d’un animal et le virus échappé d’un labo de virologie à Wuhan. Pensez-vous que cela soit possible?

Nous faisons de la recherche et nous contribuons activement à la résolution du problème de la pandémie actuelle. Mais nous ne nous occupons pas de son origine. Je ne peux parler que pour Spiez. Ce laboratoire remplit toutes les exigences légales, et donc nous avons mis en place toutes les mesures de sécurité nécessaires.

Êtes-vous étonnée qu’après plus d’une année, on ne connaisse toujours pas les origines de la pandémie de Covid-19?

Tant que la Covid continuera, tant que nous ne l’avons pas sous contrôle, je pense que nous devons concentrer nos énergies à vaincre la maladie, et non à nous poser des questions sur son origine.

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