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«Les pays en développement sont les chefs de file de l'action climatique»

Cinq ans après l'accord de Paris, les pays en voie de développement assument un rôle moteur en termes d'objectifs climatiques à long terme, mais leurs ambitions doivent être soutenues par plus que des mots, affirme Cassie Flynn. Selon la conseillère climatique du Programme des Nations Unies pour le développement (PNUD), la Suisse peut contribuer à l'action en faveur du climat en agissant sur les marchés financiers internationaux.

Ce contenu a été publié le 11 décembre 2020 - 13:48

Il y a cinq ans, dans la capitale française, de longues négociations et un rare consensus ont conduit 196 pays à adopter l'accord de Paris. L'objectif était ambitieux: apporter une réponse mondiale à la menace du changement climatique en maintenant l'augmentation de la température globale de ce siècle bien en dessous de deux degrés par rapport aux niveaux préindustriels. Les Contributions déterminées au niveau national (CDN), c’est-à-dire les efforts de chaque pays pour réduire les émissions nationales et s'adapter aux impacts du changement climatique, ont été définies comme moyens pour y parvenir.

Même si la première série de CDN s’est apparentée à une course folle, l'accord de Paris a établi un mécanisme par lequel les pays peuvent soumettre à nouveau leurs objectifs, augmenter leur ambition au fil du temps et faire mieux. La Promesse climatique du PNUDLien externe, le plus grand programme de soutien au monde pour aider 115 pays en développement à améliorer leurs engagements, nous donne l'occasion d'identifier trois grandes tendances qui modèleront les futures politiques climatiques.

Il est frappant de constater que les pays en développement jouent depuis 2015 un rôle moteur. Malgré leur taille et leur contribution négligeable aux émissions de gaz à effet de serre, les petits États insulaires en voie de développement montrent le chemin à suivre en matière d'action et de protection du climat.

La pandémie de Covid-19 a montré au monde, avec une douloureuse, mais grande clarté, qu'en période de troubles, les plus vulnérables – les personnes et les pays – sont les plus touchés. Pourtant, lorsqu'il s'agit du plus grand obstacle auquel l'humanité doit encore faire face – le changement climatique – qui pourrait faire ressembler la Covid-19 à une répétition générale, ce sont les plus vulnérables qui prennent les devants pour mener ce vaisseau planétaire à bon port.

Les pays en développement sont les chefs de file de l'action climatique: plus de 80% d'entre eux ont l'intention d'accroître leur ambition en matière d'atténuation et 97% prévoient d'augmenter leur ambition en matière d'adaptation. Les pays les moins développés visent également plus haut. Le Bhoutan et le Suriname sont les premiers au monde à atteindre leur objectif de zéro émission nette et à devenir négatifs. Ces deux pays nous montrent qu'il est possible de sortir de la crise climatique: ils absorbent plus de CO2 de l'atmosphère qu'ils n'en émettent grâce à une couverture forestière étendue et à des puits de carbone.

Les pays en développement reconnaissent à juste titre que les femmes et les jeunes peuvent être à l’origine de grandes ambitions, de responsabilité et de justice climatique.

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Depuis l’éclatement de la crise du coronavirus, nombre de ces pays ont réalisé les possibilités de tirer parti des processus d'amélioration des CDN pour promouvoir une voie de développement plus verte et plus durable. Ils ont ainsi fait de la crise du Covid-19 un moment de transformation catalytique. Le Costa Rica et la Thaïlande en sont deux exemples. Ils ont intégré les recommandations relatives aux CDN dans leurs plans de relance post-pandémie. Les gouvernements recherchent des options d'incitation fiscale pour l'action climatique qui peuvent également favoriser la reprise économique.

Enfin, les pays en développement combinent les politiques en matière de climat, de genre et de jeunesse pour favoriser le changement. L'ambition climatique est devenue la base d'une approche sociale inclusive. Les pays en développement reconnaissent à juste titre que les femmes et les jeunes peuvent être à l’origine de grandes ambitions, de responsabilité et de justice climatique. La plupart des pays qui participent à la Promesse climatique du PNUD incluent dans leurs plans de travail des activités tenant compte des questions de genre. Il en va de même pour les priorités liées à la jeunesse: alors qu'en 2015, seuls 40 % de la première série des CDN incluaient des références directes aux enfants ou aux jeunes, 75 % des pays de la Promesse climatique donnent désormais la priorité aux jeunes.

La semaine dernière, lors de son «Discours sur l'état de la planète», le Secrétaire général des Nations unies n'a pas hésité à lancer un avertissement sur la guerre «suicidaire» que l'humanité mène contre la nature, une guerre qui conduira à une «catastrophe climatique». Où sont donc les pays développés dans tout cela ? Si certaines des stratégies à long terme de ceux qui produisent le plus d'émissions sont audacieuses et conformes aux objectifs de l'accord de Paris, elles ne produiront leurs effets que sur une période de plusieurs décennies.

Les deux principaux besoins des pays en développement pour réaliser leurs ambitions sont le financement et l'assistance technique. L'article 6 de l'accord de Paris vise à promouvoir la coopération internationale par le biais des marchés du carbone. Par exemple, les pays peuvent acheter des crédits carbone en échange du développement d’infrastructures, comme dans le cas du récent accord international de réduction des émissions entre le Ghana et la Suisse.

Un tel système n'est peut-être pas parfait, mais il permet d'injecter des capitaux là où ils sont le plus nécessaires. La Suisse peut jouer un rôle important en influençant les marchés de capitaux internationaux pour que les financements s’alignent sur l’action climatique. Les pays développés doivent se conformer au leadership des pays en développement, suivre l'exemple donné par les plus vulnérables et commencer à relever leurs ambitions. Maintenant.

Les opinions exprimées dans cet article sont celles de son auteure. Elles ne constituent pas une prise de position de swissinfo.ch

Cassie Flynn

est responsable du programme Promesse climatique du PNUD, qui soutient 115 pays dans le cadre de l’Accord de Paris sur le climat. Cette conseillère climatique du Programme des Nations Unies pour le développement a été considérée par la plateforme de marketing des influenceurs Onalytica comme la 13e personne la plus influente au monde en matière de changement climatique en 2017

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