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A Bruxelles, l’échec de l’accord-cadre relance la discussion politique sur la Suisse

Lors d'un Sommet européen cette semaine à Bruxelles, le chancelier autrichien Sebastian Kurz a appelé l'Europe à sauver sa relation avec la Suisse. Afp Or Licensors

C’est le grand paradoxe de l’impasse dans laquelle se trouve le dossier des bilatérales: l’échec des négociations de l’accord-cadre entre la Suisse et l’Union européenne a fait remonter la problématique de cette relation dans diverses instances européennes. Mais aussi, sur l’agenda de certains chefs d’État et de gouvernement.

Ce contenu a été publié le 25 juin 2021 - 16:40
Alain Franco, Bruxelles

Jeudi 24 juin, c’est le chancelier Sebastian Kurz qui, chose rare, a lancé en amorce d’un Sommet européen, un appel à sauver le soldat suisse. «Certains pensent que la relation avec la Suisse doit être distendue, qu’il faut laisser expirer les accords bilatéraux sectoriels, qu’on se venge de la Suisse. Mais à mon avis, tout cela est faux», a-t-il lancé en conférence de presse.

Et le chancelier autrichien de poursuivre: «L’économie suisse est incroyablement performante. La Suisse est un centre d’excellence en matière de recherche et développement. Et pour nous, ses voisins, c’est un partenaire important. Voilà pourquoi nous souhaitons avoir une coopération étroite avec elle, même si l’accord cadre a été refusé.»

Plaidant pour «une coopération la plus étroite possible», Sebastian Kurz a conclu: «Je recommande à mes homologues européens de mener un débat stratégique sur la Suisse, afin de ne pas réagir de façon émotionnelle, dans une spirale négative. A mes yeux, nous devons maintenir une coopération la plus étroite possible.»

Vendredi matin, au deuxième jour du Sommet, le chancelier autrichien a donc brièvement interpellé ses pairs. «Il serait bon que nous nous penchions lors d’une de nos prochaines réunions sur la situation avec la Suisse, qui n’est bonne pour personne. Nous ne pouvons nous contenter d’un traitement uniquement au niveau technique», leur a-t-il dit en substance. Charles Michel, le président du Conseil, «a dit en avoir pris bonne note», confie un témoin.

Contacts entre Parmelin et Macron

A Bruxelles, une bonne source affirme: «Il y a une coopération entre pays voisins». «Très attentif à ce qui se passe en Suisse, Emmanuel Macron a parlé plusieurs fois ces dernières semaines au président de la Confédération Guy Parmelin», ajoute-t-on.

La veille du Sommet, le Parlement européen a mené un court débat sur le même sujet. Une bonne douzaine d’eurodéputés s’y sont exprimés, en majorité pour regretter la décision du Conseil fédéral de jeter l’éponge. «Nous ne comprenons pas pourquoi, et les Suisses non plus. J’espère que le Conseil fédéral reviendra à la table des négociations. L’UE y est toujours prête», a lancé Andreas Schwab, élu PPE (conservateur) et président de la délégation du Parlement européen pour la Suisse.

«Notre porte reste toujours ouverte», a confirmé le Vert Sven Giegold. «Nous ne devons pas seulement culpabiliser la Suisse, mais voir aussi nos erreurs en face. Je suis étonnée de la rudesse de l’UE, alors que la Suisse a de bonnes lois de protection du travail», a renchéri la socio-démocrate Evelyne Gebhardt.

«Très attentif à ce qui se passe en Suisse, Emmanuel Macron a parlé plusieurs fois ces dernières semaines au président de la Confédération Guy Parmelin»

Source bruxelloise

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Le 22 juin, les vingt-sept ministres des Affaires étrangères et des Affaires européennes se retrouvaient pour la première fois depuis longtemps en présentiel, pandémie oblige, pour leur Conseil Affaires Générales (CAG). L’occasion de s’arrêter quelques minutes sur la relation avec la Suisse. Et pour certains ministres, de rappeler l’importance, surtout économique, de ce lien. Ce qui n’étonne pas un interlocuteur suisse: «Chaque jour, des centaines de milliers de frontaliers se déplacent tandis qu’un milliard de francs s’échangent entre nous et l’UE. C’est un fait. Incontournable».

Un négociateur en chef?

Au sein de la Commission européenne, la ligne dure reste de mise vis-à-vis de Berne, comme le démontre la décision publiée récemment d’exclure la Suisse du programme Horizon. Mais dans les États membres, quelques voix interrogent: les choses se seraient-elles déroulées autrement si Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, s’était impliquée plus tôt dans la négociation, lui donnant une impulsion politique forte, au lieu de recevoir Guy Parmelin en fin de parcours, juste avant l’impasse?

Autre question: les États membres eux-mêmes n’auraient-ils pas dû suivre de plus près le processus, au lieu de laisser l’entière régie du dossier à la Commission? D’où une proposition récente des Pays-Bas: nommer un négociateur en chef européen, sur le modèle de Michel Barnier, qui fut en charge du Brexit.

Présent au CAG du 22 juin, le vice-président de la Commission européenne, Maros Sefcovic, a jugé «nécessaire de faire une longue pause», propice, entre autres, à procéder à un audit complet de l’évolution des accords sectoriels bilatéraux, condamnés à l’obsolescence à plus ou moins long terme en l’absence d’accord-cadre. De son côté, Berne a aussi besoin de reprendre son souffle. La rentrée viendra bien assez tôt…

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