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«Au Kosovo, il s’agit d’un conflit de territoire»

Depuis 1999, les soldats de la Swisscoy soutiennent la KFOR, la force de paix de l’OTAN au Kosovo. Keystone

L’issue du conflit douanier entre la Serbie et le Kosovo reste incertaine. Non seulement parce que le Kosovo est contre la solution proposée, mais aussi, souligne le journaliste et expert des Balkans Andreas Ernst, parce que ce problème en cache bien d’autres.

Ce contenu a été publié le 05 août 2011 - 15:55
Etienne Strebel, swissinfo.ch

Né en 1960 à Zurich, historien de formation, Andreas Ernst vit et travaille dans les Balkans depuis 1999, d’où il écrit notamment pour le quotidien zurichois Neue Zürcher Zeitung. Il travaille également à une étude sur la formation du Kosovo en tant qu’Etat.

swissinfo.ch: Le conflit douanier au Kosovo perdure, malgré la médiation internationale. Quel est le vrai problème?

Andreas Ernst: Ce conflit douanier est en réalité un conflit de territoire. Pour la partie à majorité albanophone, soit 90% du pays, il est en principe réglé. Mais dans l’extrémité nord, qui constitue 10% du territoire, 97% de la population est serbe, se sent serbe et considère sa terre comme une partie de la Serbie.

swissinfo.ch: La communauté internationale a-t-elle des solutions?

A. E.: Non, parce qu’elle est également divisée sur cette question. A l’intérieur de l’Union européenne, 22 pays reconnaissent le Kosovo et 5 s’y refusent. Il n’y a donc pas de position commune. Et comme les pays de l’OTAN n’ont pas non plus tous reconnu le Kosovo, cette division vaut également pour l’alliance militaire, qui fournit le plus gros de troupes de la KFOR sur place.

Sans oublier qu’au Conseil de sécurité de l’ONU, la Russie et la Chine sont contre l’indépendance. Parmi les 192 pays membres de l’organisation, 75 seulement ont reconnu le Kosovo jusqu’ici.

swissinfo.ch: A première vue, il s’agit d’un conflit douanier. Peut-on comparer le territoire au nord de Mitrovica avec la zone franche de Samnaun, entre la Suisse et l’Autriche?

A. E.: Dans un certain sens oui. C’est quasiment une zone franche, où les marchandises venant de Serbie entrent sans barrières douanières. Depuis quelque temps, ces marchandises sont contrôlées par des douaniers serbes plutôt costauds, mais qui font partie des structures du Kosovo. Ils sont épaulés par des collègues de la mission européenne Eulex.

Mais les marchandises ne sont vraiment dédouanées qu’au sud de Mitrovica, en passant cette frontière factice à partir de laquelle commence vraiment la souveraineté de Pristina.

swissinfo.ch: Pourrait-on imaginer que l’on cède cette partie nord à la Serbie en échange d’un autre territoire qu’elle abandonnerait au Kosovo?

A. E.: Une possibilité pourrait effectivement consister en un compromis territorial. L’extrémité nord irait à la Serbie - ou resterait à la Serbie, selon la perspective dans laquelle on se place et deux ou trois village frontière au sud de la Serbie seraient rattachés au Kosovo.

Cette solution, que de nombreux Albanais et Serbes du Kosovo évoquent régulièrement en privé, n’en est pas moins contestée par la communauté internationale. On craindrait qu’elle ne contribue à entretenir le morcellement ethnique des Etats à l’intérieur des Balkans.

Personnellement, je trouve cette crainte exagérée. Avec l’indépendance du Kosovo, qui est peuplé à plus de 90% d’Albanais, on a déjà créé un morcellement ethnique. Le «péché originel» est déjà là.

Maintenant, il faut renégocier et trouver une solution de compromis. C’est aussi dans l’intérêt de Pristina, qui se trouve dans une sorte de vide avec son statut de pays qui n’est que partiellement accepté par la communauté des Etats. Un consensus devrait pouvoir être trouvé pour que la Serbie et le Kosovo se reconnaissent mutuellement.

Il faudrait aussi que le Kosovo devienne un Etat qui fonctionne vraiment. Parce que cette question douanière détourne l’attention des vrais problèmes du pays: l’économie chancelante, la corruption et la mauvaise gouvernance.

swissinfo.ch: La KFOR, et avec elle le contingent de la Swisscoy jouent un rôle important au Kosovo. Pourquoi?

A. E.: La KFOR se présente comme la meilleure de toutes les missions internationales. Elle est un facteur de puissance et elle inspire le respect. Pour les Albanais du Kosovo, il est également important que la KFOR soit dirigée par l’OTAN, soit l’alliance qui a libéré le Kosovo dans la guerre contre la Serbie.

Mais la KFOR, à laquelle appartient la Swisscoy, est aussi une garante de la sécurité pour les Serbes qui vivent dans les enclaves au sud du Kosovo.

swissinfo.ch: Ça ne semble pas aller de soi en Suisse. Certains argumentent que l’engagement de la Swisscoy n’est pas compatible avec les buts de notre politique étrangère…

A. E.: C’est une question de principe. La Suisse a rapidement reconnu le Kosovo après sa déclaration d’indépendance. Il me semble donc logique qu’elle s’engage pour veiller sur cette indépendance. Si on ne voulait pas le faire, alors, il ne fallait pas reconnaître le Kosovo.

Sur les près de 6000 soldates et soldats qui composent la KFOR, les Suisses sont environ 200. Et ils n’ont pas d’image bien typée, contrairement aux troupes des grands pays comme les Etats-Unis. Et cela ne dépend pas des performances des soldats, mais bien de la valeur symbolique de leur engagement.

La Suisse ne se distingue pas particulièrement. Pour beaucoup de Serbes, elle passe pour albanophile, puisque le pays a rapidement reconnu le Kosovo.

swissinfo.ch: Finalement, est-ce que ce Kosovo indépendant est simplement viable?

A. E.: Evidemment. Mais c’est un Etat encore flou, qui a besoin d’un fondement solide. Et ce fondement, à mon avis, serait un accord de paix entre Pristina et Belgrade.

La Serbie y a également un gros intérêt. A Belgrade, tous les gens sensés savent que le Kosovo est perdu. En entier. Il s’agit maintenant d’atteindre un compromis qui permette de ne pas perdre la face. Il pourrait comprendre l’échange de l’extrémité nord, ce qui soulagerait Pristina d’un gros problème d’intégration.

Un compromis n’est pas forcément un match nul, mais il doit profiter aux deux parties. A mon avis, la solution ici est bien plus simple que dans le conflit israélo-palestinien. Déjà parce que les deux parties aspirent en fin de compte à la même chose, soit à devenir membres de l’Union européenne.

Une crise et ses développements

Les Albanais, les Serbes et la communauté internationale luttent pour un compromis dans le conflit du Kosovo. La Serbie ne reconnaît toujours pas l’indépendance de son ancienne province. 

La dernière crise a éclaté le 25 juillet lorsque Pristina a tenté de déployer des douaniers et des policiers relevant de son autorité sur les deux postes-frontière de Jarinje et de Brnjak, pour imposer un embargo aux produits serbes. Ceci en réaction à un embargo sur les produits kosovars imposé par Belgrade depuis 2008, date de la proclamation d’indépendance du Kosovo.

Jeudi 4 août, le gouvernement du Kosovo a commencé par rejeter une proposition d’accord présentée par la Serbie et la KFOR, la jugeant inacceptable. Priština a exigé que l’embargo soit strictement observé et que ses hommes puissent continuer à travailler aux deux poste- frontière.

Le même jour, le Premier ministre Hashim Thaçi est toutefois revenu sur sa position. Ainsi les troupes de l'OTAN contrôleront jusqu'à la mi-septembre au moins les deux postes-frontière, dont elles s'étaient emparées la semaine dernière au plus fort de la crise dans le nord du Kosovo.

La minorité serbe de son côté s’est engagée à lever les nombreuses barricades qu’elle avait érigées sur les principales routes de transit. En contrepartie, l’embargo sur les produits serbes sera levé et les camions jusqu’à 3,5 tonnes pourront à nouveau passer la frontière.

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